Œuvres (Pléiade), tome I
Avec soi seul
VII
Passer sous un arc de triomphe, c’est aussi passer sous le joug.
VIII
Il faut être à demi dans l’ombre…
AVEC SOI SEUL
I
On connaît que l’on est seul et soi, et vraiment tel, à la négligence et à la particularité incohérente des pensées qui viennent, et qui ne s’accompagnent pas de la moindre intention d’échange, soit avec autrui, soit avec une éventualité.
On est alors ce que l’on est : un fait local, et l’on se peut voir soi-même (ou représenter) comme un chien regarde un livre.
II
Narcisse. N’est-ce point penser à la mort que se regarder au miroir ? N’y voit-on pas son périssable ? L’immortel y voit son mortel. Un miroir nous fait sortir de notre peau, de notre visage.
Rien ne résiste à son double.
Répétez trois fois votre parole.
III
Une larme qui vient de ton sang au moment de ta peine et qui coule sur ton visage, ignorante du prix payé, étonne l’esprit qui ne peut concevoir la cause et la génération de cette transmutation…
Car le propre de l’esprit est d’ignorer de la vie tout ce qui lui semble inutile à son opération.