Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 107 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Instants

 

 

INSTANTS

 

A CÔTÉ de mes réflexions, ces diables ouvriers frappent, cognent, font sauter mes idées à coups de marteau, m’infligent des rythmes. Je devine qu’un clou commence à pénétrer dans le bois et s’y enfonce jusqu’à la tête.

Je suis marteau, clou et bois. Un autre attaque la pierre, et je perçois le bruit sec, argentin du ciseau heurté heurtant. Cinq secondes pour le clou, et les coups vont en s’espaçant et en s’élargissant jusqu’à atteindre la pleine sonorité du bois qui est rejointe quand le clou est à fond, et que le choc qui le confirme dans le bois porte sur la tête et le bois.

*

L’œil parcourt les objets et les mots, plus ou moins chargé d’éveil et d’intelligence ; plus ou moins « armé » de « sensibilité » spirituelle. Rendant plus ou moins égales ou inégales les choses devant l’esprit. Plaçant accidentellement ici ou là un arrêt, un point d’interrogation… Et parfois, là où jamais on n’avait songé qu’il y eût arrêt possible, résistance, difficulté… Cette fois, il se fixe.

*

Ceux qui ne savent pas dire ou répugnent à dire des choses vagues sont souvent muets et toujours malheureux.

*

— Je comprends mal ce texte…

— Laissez, laissez ! Je trouve de belles choses. Il les tire de moi…

Il m’importe peu de savoir ce que l’Auteur dit, C’est mon erreur qui est Auteur !