Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 11 sur 203

Pages du PDF

Œuvres (Pléiade), tome I

Les vaines danseuses

Nous nous sommes tenus par les mains

Sans dire… parmi les fleurs obscures ;

Nous marchions comme des fiancés

Seuls, dans la nuit verte des prairies ;

Nous partagions ce fruit de féeries

La lune amicale aux insensés

Et puis, nous sommes morts sur la mousse,

Très loin, tout seuls parmi l’ombre douce

De ce bois intime et murmurant ;

Et là-haut, dans la lumière immense,

Nous nous sommes trouvés en pleurant

O mon cher compagnon de silence !

 

LES VAINES DANSEUSES

 

Celles qui sont des fleurs légères sont venues,

Figurines d’or et beautés toutes menues

Où s’irise une faible lune… Les voici

Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.

De mauves et d’iris et de nocturnes roses

Sont les grâces de nuit sous leurs danses écloses. Que de parfums voilés dispensent leurs doigts d’or ! Mais l’azur doux s’effeuille en ce bocage mort Et de l’eau mince luit à peine, reposée

Comme un pâle trésor d’une antique rosée

D’où le silence en fleur monte… Encor les voici Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.

Aux calices aimés leurs mains sont gracieuses ; Un peu de lune dort sur leurs lèvres pieuses

Et leurs bras merveilleux aux gestes endormis Aiment à dénouer sous les myrtes amis