Œuvres (Pléiade), tome I
Les vaines danseuses
Nous nous sommes tenus par les mains
Sans dire… parmi les fleurs obscures ;
Nous marchions comme des fiancés
Seuls, dans la nuit verte des prairies ;
Nous partagions ce fruit de féeries
La lune amicale aux insensés
Et puis, nous sommes morts sur la mousse,
Très loin, tout seuls parmi l’ombre douce
De ce bois intime et murmurant ;
Et là-haut, dans la lumière immense,
Nous nous sommes trouvés en pleurant
O mon cher compagnon de silence !
LES VAINES DANSEUSES
Celles qui sont des fleurs légères sont venues,
Figurines d’or et beautés toutes menues
Où s’irise une faible lune… Les voici
Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.
De mauves et d’iris et de nocturnes roses
Sont les grâces de nuit sous leurs danses écloses. Que de parfums voilés dispensent leurs doigts d’or ! Mais l’azur doux s’effeuille en ce bocage mort Et de l’eau mince luit à peine, reposée
Comme un pâle trésor d’une antique rosée
D’où le silence en fleur monte… Encor les voici Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.
Aux calices aimés leurs mains sont gracieuses ; Un peu de lune dort sur leurs lèvres pieuses
Et leurs bras merveilleux aux gestes endormis Aiment à dénouer sous les myrtes amis