Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 120 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Poet’s corner

L’étincelle illumine un lieu qui semble infini au petit temps donné pour le voir. L’expression éblouit.

La merveille du choc ne peut se distinguer des objets qu’il révèle. Les ombres fortes qui paraissent dans l’instant demeurent au souvenir comme des meubles admirables.

On ne les discerne pas des vrais objets. On en fait des choses positives.

Mais observe bien que, par un grand bonheur pour la poésie, le petit temps dont j’ai parlé ne peut pas se dilater ; on ne peut substituer à l’étincelle une lumière fixe entretenue.

Celle-ci éclairerait tout autre chose.

Les phénomènes ici dépendent de la source éclairante.

Le petit temps donne des lueurs d’un autre système ou « monde » que ne peut éclairer me clarté durable. Ce monde (auquel il ne faut pas attacher de prix métaphysique — ce qui est inutile et absurde) est essentiellement instable. Peut-être est-ce le monde de la connexion propre et libre des ressources virtuelles de l’esprit ? Le monde des attractions, des plus courts chemins, des résonances…

L’inexplicable ici, peut-être aurait-il pour image la distance ? L’action à distance, l’induction, etc. ? ?

 

POET’S CORNER

 

LES grands poètes reconnus servent à rendre la poésie chose sérieuse dans l’opinion — à en faire presque une institution, une affaire d’État.

*

Il y a une solitude… portative ; une telle conviction habituelle de la particularité de soi, — un tel point atteint « en soi-même » que l’homme qui en est venu là, une fois — peut impunément se mêler au monde, se distinguer instantanément, au milieu des autres, de celui qu’il leur offre et qui a commerce avec eux. Il n’a pas besoin du désert ; il porte avec soi, toujours prête, l’inexistence des propos d’autrui, des valeurs données par autrui et de ceux qu’autrui reçoit de lui-même en échange.