Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 115 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Un regard charitable

C’est une faiblesse que de se dépenser contre un adversaire au lieu de réserver et concentrer ses forces pour soi… et de préférence contre soi.

 

UN REGARD CHARITABLE

 

Que de choses tu n’as pas même vues, dans cette rue où tu passes six fois le jour, dans ta chambre où tu vis tant d’heures par jour. Regarde l’angle que fait cette arête de meuble, avec le plan de la vitre. Il faut le reprendre au quelconque, au visible non vu — le sauver — lui donner ce que tu donnes par imitation, par insuffisance de ta sensibilité, au moindre paysage sublime, coucher de soleil, tempête marine, ou à quelque œuvre de musée. Ce sont là des regards tout faits. Mais donne à ce pauvre, à ce coin, à cette heure et choses insipides, et tu seras récompensé au centuple.

 

GRANDEURS

 

Grands hommes sont ceux dont les fautes ne comptent pas. Leur perte même les exhausse.

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Les hommes vraiment grands sont tout près des autres par la même simplicité et la même facilité qui les en éloigne d’autre part à l’infini.

Car ils les conservent dans leurs rapports avec les choses profondes et difficiles dont ils font leur intimité, et sont avec elles comme ils sont avec tout le monde, familiers, délicats et vrais.

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Il fallait être Newton pour apercevoir que la lune tombe, quand tout le monde voit bien qu’elle ne tombe pas.

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