Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 103 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Psaume devant la bête

Avant toutes choses. Invocation muette à ce qui va être, à ce qui peut être.

Salutation de l’ange qui annonce qu’on est fécondé, gros d’un jour nouveau. Partage.

II

On salue l’activité qui s’approche, d’un bâillement. Le corps s’étire, se tourne et se retourne, cherche une torsion et une tension qui lui fassent reconnaître sa place dans lui-même, son état d’être prêt, et qui chassent les sommeils embusqués.

Il s’agit de restituer le tout, de dissiper les inerties et résistances locales.

L’esprit aussi se feuillette, et ses problèmes, et ses inquiétudes, ses rendez-vous de tous les ordres. Dieu se cache peu à peu dans les affaires, sous les souvenirs, parmi les… réalités.

 

PSAUME DEVANT LA BÊTE

 

PLUS je te regarde, ANIMAL, plus je deviens HOMME Et ESPRIT…

Tu te fais toujours plus étrange.

L’Esprit ne conçoit que l’esprit,

J’ai beau te chercher par l’esprit,

J’ai beau te guetter en esprit,

T’offrir les présents de l’esprit ;

Origines, dessein, ordre, logique ou cause.

(Ou même quelque hasard, avec tout le temps qu’il faudra ;) O VIE,

Plus je pense, moins tu te rends à la pensée,

Et la moindre bestiole se joue