Œuvres (Pléiade), tome I
Réveil
Au réveil : trois, quatre foyers d’idées s’allument en des points éloignés du champ de l’esprit.
On ne sait où courir.
PSAUME T
LE plus sceptique de tous
Est le Temps,
qui fait du Oui avec du Non,
de l’amour avec de la haine,
et le contraire ;
Et si le fleuve ne remonte à sa source,
Si la pomme ne rebondit
et ne se remarie à la branche,
c’est faute de patience que tu le crois !
LARMES
I
Par un visage et par une voix. — La Vie disait : Je suis triste, donc je pleure.
Et la Musique disait : Je pleure, donc je suis triste.
II
Larmes de divers ordres. — Les larmes montent de la douleur, de l’impuissance, de l’humiliation, toujours d’un manque.
Mais il en est d’une espèce divine, qui naissent du manque de la force de soutenir un objet divin de l’âme, d’en égaler et épuiser l’essence.
Un récit, une mimique, un drame du théâtre peuvent faire pleurer, par l’imitation de choses lamentables de la vie.
Mais si une architecture, qui ne ressemble, quant à la vue, à rien de l’homme (ou bien quelque autre harmonie, si exacte qu’elle est presque déchirante à l’égal d’une dissonance) te porte au bord des pleurs, cette effusion naissante que tu sens vouloir venir de ta profondeur incompréhensible, est d’un prix infini, car elle t’apprend que tu es sensible à des objets entièrement indifférents et inutiles à ta personne, à ton histoire, à tes intérêts, à toutes les affaires et circonstances qui te circonscrivent en tant que mortel.
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