Œuvres (Pléiade), tome I
Psaume Z
Tu m’aimeras, tu m’aimeras,
Car Je suis ton Seigneur et ton Maître.
PSAUME Z
MA satisfaction est un fantôme ; jamais tu ne pourras l’atteindre.
N’est-ce point l’Eternel qui a créé son offenseur ?
Ne l’a-t-il point tiré de sa prescience volontaire ?
Ne l’a-t-il pas appelé dans un jardin ?
N’a-t-il point pris une chair pour le mieux connaître ?
Tes regards et tes mouvements étaient d’un serpent qui charme un serpent.
Les roses embaumaient ses pommettes et ses voiles.
Ils ont été aux profondes parties de la nuit.
Au silence, ils ont offert le soupir.
Ils ont noué le jour qui cesse au jour qui naît, par les nœuds de leurs membres.
Ils ont connu leur unité ; ils ont croisé leurs forces ; ils se sont retirés l’un l’autre longuement.
Toutefois ils s’ignoreront toujours.
FORTUNE SELON L’ESPRIT
Je ne demanderai à la fortune que les conditions physiques et chimiques de la liberté de l’esprit — le tiède, le frais, le calme, l’espace, le temps, le mouvement — selon le besoin. Un robinet que l’on ouvre ou que l’on ferme, et d’où coulent la solitude ou le monde, les montagnes ou les forêts, la mer ou bien la femme. Et des instruments de travail.
Le luxe m’est indifférent. Je ne regarde pas les « belles choses ». C’est en faire qui m’intéresse, en imaginer, en réaliser. Une fois faites, ce sont des déchets. Nourrissez-vous de nos déchets. Transformer le désordre en ordre. Mais une fois l’ordre créé, mon rôle est terminé. Vixi. L’œuvre d’art me donne des idées, des enseignements, pas de plaisir. Car mon plaisir est de faire, non de subir. Mais l’ouvrage qui m’impose du plaisir, son bon plaisir, m’inspire vénération, terreur, sentiment d’une force supérieure.