Œuvres (Pléiade), tome I
L’esprit
Diamant. — Sa beauté résulte, me dit-on, de la petitesse de l’angle de réflexion totale… Le tailleur de diamant en façonne les facettes de manière que le rayon qui pénètre dans la gemme par l’une d’elles ne peut en sortir que par la même — D’où le feu et l’éclat.
Belle image de ce que je pense sur la poésie : retour du rayon spirituel aux mots d’entrée.
III
Beauté parle ou chante, et nous ne savons ce qu’elle dit. Nous la faisons répéter. Nous l’écouterions indéfiniment. Nous aspirerions indéfiniment le parfum délicieux. Nous regarderions indéfiniment le visage et les formes de la belle. Nous aurions beau la saisir et la posséder, il n’y a de seuil ni de solution à notre désir. Rien n’achève le mouvement qu’excite ce qui est en soi achevé.
On pourrait faire ce conte d’un homme désespéré par la beauté de son amie — de laquelle ayant tout obtenu (et l’amour, et tout abandon), toutefois, tout ce que l’amour peut donner n’éteint pas l’étrange soif que lui cause la vue et l’idée de cette personne, et que rien n’apaise ni ne peut absolument pas apaiser. C’est là le point.
L’ESPRIT
I
L’esprit est une puissance de prêter à une circonstance actuelle les ressources du passé et les énergies du devenir.
II
Un esprit allait voir cesser son état ; il devait tomber de l’éternité dans le Temps, s’incarner :
« Tu vas vivre ! »
C’était mourir pour lui. Quel effroi ! Descendre dans le Temps !