Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 9 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Baignée

Sans tirer de soi-même un cri pur comme une arme ?

 

BAIGNÉE

 

Un fruit de chair se baigne en quelque jeune vasque, (Azur dans les jardins tremblants) mais hors de l’eau, Isolant la torsade aux puissances de casque,

Luit le chef d’or que tranche à la nuque un tombeau.

Éclose la beauté par la rose et l’épingle !

Du miroir même issue où trempent ses bijoux, Bizarres feux brisés dont le bouquet dur cingle L’oreille abandonnée aux mots nus des flots doux.

Un bras vague inondé dans le néant limpide

Pour une ombre de fleur à cueillir vainement

S’effile, ondule, dort par le délice vide,

Si l’autre, courbé pur sous le beau firmament,

Parmi la chevelure immense qu’il humecte

Capture dans l’or simple un vol ivre d’insecte.

 

AU BOIS DORMANT

 

La princesse, dans un palais de rose pure,

Sous les murmures, sous la mobile ombre dort, Et de corail ébauche une parole obscure

Quand les oiseaux perdus mordent ses bagues d’or.

Elle n’écoute ni les gouttes, dans leurs chutes, Tinter d’un siècle vide au lointain le trésor,

Ni, sur la forêt vague, un vent fondu de flûtes Déchirer la rumeur d’une phrase de cor.