Œuvres (Pléiade), tome I
Diamants
J’étais un enfant qui marche à peine. Ma bonne tous les jours me menait dans un jardin public, montueux, compliqué de rocailles : il y avait un bassin dominé par un farouche Neptune de fonte, peint en blanc, orné de sa fourche à triple dent.
Des cygnes vivaient sur ce bassin. Un jour, ma bonne, m’ayant mis à terre sur le bord, je m’amusais à jeter des graviers dans l’eau sombre, avec toute la maladresse d’un bébé chargé d’un manteau et de collerettes roidement empesées qui l’engoncent. La bonne s’éloigna quelque peu dans les feuillages où l’attendait un sous-officier plein d’amour.
L’enfant avait une grosse tête et des membres faibles. Comment ne fût-il pas tombé dans l’eau ?
Le voici parmi les cygnes, flottant par le soutien des robes empesées qui formaient poches d’air. La bonne et le soldat, tendrement disparus, ignoraient le grand péril de mon petit destin. Et les cygnes, sans doute, s’étonnaient de ce cygne inconnu parmi eux, leur pareil par la blancheur ; mais cygne improvisé qui commence à sombrer, car le manteau s’imbibe, et les collets et les robes. L’enfant déjà a perdu connaissance.
Pourquoi quelqu’un l’aperçut-il ?
Le plus fort était fait…
Cet homme brusquement entre dans l’eau, divise, épouvante les cygnes, et rapporte à la vie le pâle MOI évanoui.
Il l’emporte chez lui, lui fait boire une gorgée de rhum.
Mon grand-père voulait tuer la bonne.
DIAMANTS
I
Une danseuse compare : une cascade de pirouettes, merveilleuses de précision, brillantes comme les facettes d’un diamant…
Trente-deux pirouettes ! (Karsavine)
Image très belle.