Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 25 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Les pas

Des cieux même tu me sèvres,

Par quel injuste retour ?

Que seras-tu sans mes lèvres ?

Que serai-je sans amour ?

Mais la Source suspendue

Lui répond sans dureté :

— Si fort vous m’avez mordue

Que mon cœur s’est arrêté !

 

LES PAS

 

TES pas, enfants de mon silence,

Saintement, lentement placés,

Vers le lit de ma vigilance

Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,

Qu’ils sont doux, tes pas retenus !

Dieux !… tous les dons que je devine

Viennent à moi sur ces pieds nus !

Si, de tes lèvres avancées,

Tu prépares pour l’apaiser,

A l’habitant de mes pensées

La nourriture d’un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,

Douceur d’être et de n’être pas,

Car j’ai vécu de vous attendre,

Et mon cœur n’était que vos pas.

 

LA CEINTURE