Œuvres (Pléiade), tome I
Bouche
I
Le sentiment de mon corps est une raison d’État. Dans le statut personnel de chacun, se dessine une sorte d’État, de présence ou de sentiment de l’intérêt général de soi.
Ainsi s’alimenter, se reposer — sont des affaires d’État.
Le gouvernement (qui vaut ce qu’il vaut) est le psychisme qui gère l’État et croit le diriger — créance qui n’est admissible que quand ces affaires sont faciles, habituelles, etc. Il n’est que peu renseigné. Et il lui faut des messages simples, quand cependant le pays est terriblement complexe. Il est des affaires d’État non permanentes : Un amour, une entreprise, une question de vanité.
Les affaires d’État sont celles dont l’importance est définie par la sensibilisation profonde de l’être à leur égard : tous les départements de la sensibilité sont éveillés et accordés à résonner au moindre signe. — Il y a plus. Ce minimum peut être si faible que tout — tout ébranlement même sans rapport autre que le Moi, toute perception du Moi — réveille l’idée sensible, et comme par spontanéité, détermine une perturbation et une présence intense…
Tout se passe comme si nous contenions une sorte de personne seconde, uniquement consacrée à telle affaire, et toute-puissante sur le tout — qui est l’instant…
II
Soigner. Donner des soins, c’est aussi une politique. Cela peut être fait avec une rigueur dont la douceur est l’enveloppe essentielle. Une attention exquise à la vie que l’on veille et surveille. Une précision constante. Une sorte d’élégance dans les actes, une présence et une légèreté, une prévision et une sorte de perception très éveillée qui observe les moindres signes.
C’est une sorte d’œuvre, de poème (et qui n’a jamais été écrit), que la sollicitude intelligente compose.
BOUCHE