Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 42 sur 203

Pages du PDF

Œuvres (Pléiade), tome I

La caresse

A qui pèse même le nid

Où l’œil perdu se réfugie !

Tout l’hiver, le regard oiseux,

Trahi par la vitre bossue,

Sur la touffe où furent les œufs

Compose un songe sans issue !

Mais — ô Tristesse de saison,

Qui te consumes en toi-même,

Tu ne peux pas que ma raison

N’espère en le Hêtre Suprême !

Tant de Grâce et de Vénusté !

Se peut-il que toute elle meure,

France, où le moindre nid resté

Balance une fière demeure ?

Mille oiseaux chanteront plus d’un

Souvenir d’atroce tangage,

Quand reverdira par Verdun

Sauvé, notre illustre Langage !

 

LA CARESSE

 

MES chaudes mains, baigne-les

Dans les tiennes… Rien ne calme

Comme d’amour ondulés

Les passages d’une palme.

Tout familiers qu’ils me sont,

Tes anneaux à longues pierres

Se fondent dans le frisson

Qui fait clore les paupières Et le mal s’étale, tant,