Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 76 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Idées

 

IL Y A des jours « à idées ».

Ces jours-là, les idées tout à coup naissent des moindres occasions, c’est-à-dire de RIEN.

Rien ne les précède, présage, exige…

Peut-être ne sont-elles (quant à leur production) que des incidents « locaux », qui passeraient sans laisser plus de trace qu’un éclat d’écume sur la mer, si (ce jour-là) l’esprit n’était comme « sensibilisé » à tel ou tel ordre de développements possibles ?

Peut-être n’est-il pas de perception qui ne puisse recevoir une valeur, c’est-à-dire être ressentie comme utilisable, dût l’esprit chercher et construire ensuite l’utilisation, le système d’actes précis et de probabilités d’effets de ces actes dans lequel ce germe puisse prospérer ?

Mes jours à idées seraient donc des jours où une richesse encore indéterminée, non attribuée — abonderait dans l’état de l’être pensant — comme l’énergie utilisable, libre, surabonde dans le cheval qui piaffe et s’impatiente.

 

DIVINITÉS

 

Le dieu-soleil inventa l’éternuement pour se faire saluer.

*

… La fin du monde…

Dieu se retourne et dit : « J’ai fait un rêve. »

*

« Après tout, dit Jupiter à Jéhovah : Tu n’as pas inventé la foudre ! »