Œuvres (Pléiade), tome I
Des couleurs
Il semble que nous ayons plus d’esprit que nous n’avons d’« être », plus d’esprit qu’il n’en faut pour n’être que nous. Si j’aime quelqu’un, je puis concevoir abstraitement que je pourrais le haïr ; si je hais quelqu’un, même faculté. Mais je suis un individu, une personne particulière, dont la pensée répugne à se développer dans tout le champ de ses jugements possibles, dans l’univers de ses combinaisons intelligibles. Je veux ignorer de mon esprit ce qui n’est point de même « singularité » que mon corps, que mon visage, que mon histoire, car l’iniquité s’impose à chaque vivant. La vie, dans chacun d’eux, produit la connaissance, et lui refuse la plénitude de sa généralité.
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La Sagesse n’a rien à faire avec l’âme : l’âme n’a pas d’esprit.
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Nos contradictions sont les témoignages et les effets de l’activité de notre pensée.
DES COULEURS
I
NOIR. Les « pessimistes de la plume » : ils cherchent un « beau noir », dirait un peintre.
Pascal a de « beaux noirs » et les a cherchés, et je vois trop qu’il les a trop bien trouvés.
Les « noirs » magnifiques de l’Église, relevés d’argent et d’or.
Orgues, voûtes, latin : In saecula saeculorum… Pompes, cires, encens, altitudes d’ombres profondes…
Le « noir pur », couleur puissante de la solitude totale ; plénitude du rien, perfection du néant.