Œuvres (Pléiade), tome I
Pour votre hêtre « suprême »
Tandis que je m’attache à mon regard de pierre
Dans le fixe et le dur « Pourquoi ? »,
Un noir frémissement, l’ombre d’une paupière
Palpite entre moi-même et moi…
O quelle éternité d’absence spontanée
Vient tout à coup de s’abréger ?…
Une feuille qui tombe a divisé l’année
De son événement léger.
Vers moi, rentes ardents, feuilles faibles et sèches,
Roulez votre frêle rumeur,
Et toi, pâle Soleil, de tes dernières flèches,
Perce-moi ce temps qui se meurt…
Oui, je m’éveille enfin, saisi d’un vent d’automne
Qui soulève un vol rouge et triste ;
Tant de pourpre panique aux trombes d’or m’étonne
Que je m’irrite et que j’existe !
POUR VOTRE HÊTRE « SUPRÊME »
à M. A. G.
Très noble Hêtre, tout l’été,
Qui retins la splendeur esclave,
Voici ton supplice apprêté
Par un ciel froidement suave.
Cent fois rappelé des corbeaux,
L’hiver te flagelle et t’écorche ;
Au vent qui souffle des tombeaux
Les flammes tombent de ta torche !
Ton front, qui cachait l’infini,
N’est plus qu’une claire vigie,