Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 41 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Pour votre hêtre « suprême »

Tandis que je m’attache à mon regard de pierre

Dans le fixe et le dur « Pourquoi ? »,

Un noir frémissement, l’ombre d’une paupière

Palpite entre moi-même et moi…

O quelle éternité d’absence spontanée

Vient tout à coup de s’abréger ?…

Une feuille qui tombe a divisé l’année

De son événement léger.

Vers moi, rentes ardents, feuilles faibles et sèches,

Roulez votre frêle rumeur,

Et toi, pâle Soleil, de tes dernières flèches,

Perce-moi ce temps qui se meurt…

Oui, je m’éveille enfin, saisi d’un vent d’automne

Qui soulève un vol rouge et triste ;

Tant de pourpre panique aux trombes d’or m’étonne

Que je m’irrite et que j’existe !

 

POUR VOTRE HÊTRE « SUPRÊME »

à M. A. G.

Très noble Hêtre, tout l’été,

Qui retins la splendeur esclave,

Voici ton supplice apprêté

Par un ciel froidement suave.

Cent fois rappelé des corbeaux,

L’hiver te flagelle et t’écorche ;

Au vent qui souffle des tombeaux

Les flammes tombent de ta torche !

Ton front, qui cachait l’infini,

N’est plus qu’une claire vigie,