Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 61 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Automne

Point de férocité : quelque chose plus formidable, — je ne sais quelle certitude d’être fatal.

Quelle plénitude, quel égotisme sans défaut, quel isolement souverain ! L’imminence de tout ce qu’il vaut est avec lui. Cet être me fait songer vaguement à un grand empire.

Il n’est pas possible d’être plus soi-même, plus exactement armé, doué, chargé, instruit de tout ce qu’il faut pour être parfaitement tigre. Il ne peut lui venir d’appétit ni de tentation qui ne trouvent en lui leurs moyens les plus prompts.

Je lui donne cette devise : SANS PHRASES !

 

AUTOMNE

 

Feuilles mortes. La forêt plus belle après sa mort d’automne, par ses couleurs plus variées, plus sonores que celles de la vie.

Parlera-t-on ici de « nature » ? Il s’agit de choses mourantes et mortes, et cette splendeur résulte comme elle peut, de la dégradation d’organes d’où la vie s’est retirée.

C’est l’abandon, la décomposition, l’oxydation lente qui emplissent nos yeux de valeurs positives puissantes.

« Qui a fait ceci ? »

Ce sont choses qui se défont.

Et je tombe dans une songerie, que j’appellerais « philosophique », sur le faire et le défaire, si je ne savais qu’il n’y a pas de philosophie, mais des variations intérieures sur le sens des mots…

 

COLLOQUE

(pour deux flûtes)

à Francis Poulenc, qui a fait

chanter ce colloque.

 

A