Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 14 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Vue

Flûte dont le coupable aux dents de pierrerie

Tire un futile vent d’ombre et de rêverie

Par l’occulte baiser qu’il risque sous les fleurs. Mais presque indifférente aux feintes de ces pleurs, Ni se divinisant par aucune parole

De rose, elle démêle une lourde auréole ;

Et tirant de sa nuque un plaisir qui la tord,

Ses poings délicieux pressent la touffe d’or

Dont la lumière coule entre ses doigts limpides ! … Une feuille meurt sur ses épaules humides, Une goutte tombe de la flûte sur l’eau,

Et le pied pur s’épeure comme un bel oiseau Ivre d’ombre…

 

VUE

 

SI la plage penche, si

L’ombre sur l’œil s’use et pleure

Si l’azur est larme, ainsi

Au sel des dents pure affleure

La vierge fumée ou l’air

Que berce en soi puis expire

Vers l’eau debout d’une mer

Assoupie en son empire

Celle qui sans les ouïr

Si la lèvre au vent remue

Se joue à évanouir

Mille mots vains où se mue

Sous l’humide éclair de dents

Le très doux feu du dedans.