Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 57 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

La cathédrale

II

Les pierres roulées par la mer et les mêmes pierres travaillées dans l’air par les pluies et les gelées ne donnent pas les mêmes figures. Ce n’est pas le même fruste. Le hasard n’est pas de même espèce. L’action de la mer est versatile. Celle des intempéries et de la pesanteur ne l’est pas. L’une roule et charrie. Les autres cinglent ou rompent, ou désagrègent.

III

Une écume s’allume, de temps à autre, sur le champ de la mer, et ces temps sont créés par le hasard.

IV

Matin — Aube noire et venteuse — Coups de canon du vent Tension remarquable de mes nerfs

Tout marque, sonne, le moindre changement,

événement — sur le présent chargé issu du sommeil Plein de résonances, d’éclairs, d’attentes,

Endormi aux trois quarts et le reste de l’être, une pointe vibrante. Ondes fines très intenses, mais très étroites.

 

LA CATHÉDRALE

 

Vitraux de Chartres — Lapis, émaux. Orient.

Comme des boissons complexes, les nombreux petits éléments de couleur vivante, c’est-à-dire, émettant une lumière non polarisée, non réfléchie, mais mosaïque de tons intenses, très divisés, et tous les rapprochements possibles par décimètre carré, donnent une impression de doux éblouissement, plus gustatif que visuel, — à cause de la petitesse des dessins, qui permet de les négliger ou de les voir — ad libitum — de ne voir que des combinaisons, dominées par quelque fréquence, ici, des bleus, là, des rouges etc.