Œuvres (Pléiade), tome I
Mythologie
ROUGE. « Rouge », est la couleur de la vie substantielle.
La rougeur de la pudeur dénonce l’aurore de l’interne impudicité.
Qui rougit en sait un peu plus qu’il ne devrait en savoir.
Le sang aux joues ruine brusquement le système des lèvres closes et des yeux baissés, accuse l’âme même et la confond. Son épanouissement vermeil manifeste la connaissance du Bien et du Mal.
III
La couleur d’une chose est, d’entre les couleurs, celle qu’elle repousse et ne peut assimiler. Le ciel pur abdique le bleu, rend l’azur aux rétines. Les feuilles, tout l’été, gardent le rouge. La poudre de charbon consomme tout.
Les choses ne donnent à nos sens que ce qu’elles rejettent. Nous les connaissons par leurs rebuts. La fleur abandonne son odeur.
Peut-être ne connaissons-nous les autres que par ce qu’ils éliminent, et qui n’était pas de leur substance. Si tu es bon, c’est que tu gardes ton mauvais. Que si tu brilles et te dépenses en étincelles ou en éclairs, ta tristesse, tes misères, ta sottise te demeurent. Elles te sont plus conformes et consubstantielles que tes éclats. Tu ne te reconnais pas dans ton génie. Tes plus beaux actes te sont les plus étranges…
MYTHOLOGIE
L’EFFORT de l’homme qui pense transporte de la rive des ombres à la rive des choses, les fragments de rêves qui ont quelque forme par quoi on les puisse saisir, quelque ressemblance ou utilité.
Le vaisseau plein de rêves échoue sur les récifs de la veille. Robinson s’efforce d’en ramener quelque chose de prix sur le rivage. Il peine.
*
La nourriture, nécessaire ; mais l’aliment qui la contient est utile en partie, inutile en partie. Il abandonne sa saveur au palais.
La saveur orne la surface de ton manger, la forme de la gorgée de vin est décorée d’aromes, qui engendrent des rêves et une profondeur.