Œuvres (Pléiade), tome I
Monologue ou dialogue ?
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Le devoir consiste à faire de son mieux ce que l’on est fait pour faire. Si tu n’es fait pour rien, tu n’as pas de devoir. Comme le prouve ceci : que toute doctrine qui a entendu donner des devoirs à tout le monde, a prétendu que tout le monde était fait pour quelque chose et la même pour tous.
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Nous voyons le chemin que nous venons de parcourir et ne pouvons concevoir que nous ayons été si haut et si bas.
MONOLOGUE OU DIALOGUE ?
— VOUS n’aviez jamais pensé à ceci ?
— Telle rencontre fait réfléchir.
— Ces choses si voisines n’avaient jamais été vues ensemble.
— Jusqu’ici je n’avais pas remarqué…
— Quoi ! Du nouveau en moi qui tant et tant me suis parcouru !
— Ce rêve que j’ai eu, jamais je ne l’eusse inventé.
— A qui est ce rire qui m’est venu ?
— Et ce mouvement soudain que j’ai fait, bizarre bond, je ne pourrais le reproduire.
— Je ne me savais pas si sot, si brave, si lâche, si près de la mort.
— Je ne sais ce que j’ai répondu. Ce qui m’a été, ce qui ne m’a pas été demandé, — je l’ignore.
— Je m’interroge de toutes mes forces, mais à ma mode, pas à la tienne.
— Tout à coup je regarde et je parle comme mon frère.
— Quelqu’un viendra qui verra clair ce que je vois confusément.
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Quoique mon chien n’en sache que très peu plus que moi et que j’en sache beaucoup plus que lui, si je savais en plus tout ce qu’il sait, j’en saurais infiniment plus que je n’en sais.
Ce peu de chien ajouté à cette connaissance d’homme…
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Un homme digne refuse ce qu’on lui refuse, plus que ne le lui refusent ceux qui le lui refusent.
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Dans toute carrière publique, une fois que l’on a construit son personnage, et que le bruit qu’il fait revient à son auteur et lui enseigne qui il paraît — celui-ci joue son personnage — ou plutôt, son personnage le joue, et ne le lâche plus.
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La plaisanterie, l’ironie, la blague — ce sont des moyens « politiques ». — Il y a politique dès qu’elles apparaissent. Car il s’agit de détruire en bloc — c’est-à-aire par voie d’expédients — sans égard à la vraie valeur.
Ce n’est pas opposer une pensée à une pensée, mais un coup ou un désordre à une pensée.
C’est l’opinion irréfléchie que l’on vise. On détruit l’attention que pourrait exciter une chose ; la confiance, la considération a priori qui s’y attachaient.
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La politique d’un homme consiste à créer les circonstances qu’il faut pour que ses qualités, ce qu’il fait le mieux, soient, ou paraissent, indispensables, brillent le plus, etc.
Il provoque et organise les hasards qui le serviront. Il le fait parfois sans le savoir, et on le traite d’habile homme.
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La personne peut se comparer à un vaisseau dont la partie vulnérable et essentielle se trouve sous la flottaison. Ce que l’on voit est œuvres mortes, décoration possible. Les agitations de la mer découvrent en partie les œuvres vives, qui sont ici : la sensibilité des organes vitaux (sympathique et pneumogastrique) et les sources d’énergie profonde, le tout plus ou moins lié à quelques secrets.
C’est là ce que guette et vise son ennemi intelligent.
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Plusieurs animaux rassemblés et resserrés se réchauffent entre eux, car ainsi diminue le rayonnement de chacun par diminution de la surface exposée. Ainsi les gens se confirment dans leurs opinions pour être nombreux à les avoir, comme si cette similitude faisait de chaque autre une source de vrai plus puissante que la sienne et de laquelle il pût recevoir. Ceci est fondé sur une assimilation de l’opinion à l’observation. Plusieurs observations indépendantes valent mieux qu’une, et leur quantité l’emporte. Mais non les opinions.
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Il vient une « idée »…
Elle enchante son homme. Mais il revient sur soi et se dit : Comment cette venue qui ne m’a coûté que de l’accueillir, qui m’a coûté bien moins que le moindre problème à résoudre, rébus ou charade, vaudrait-elle bien plus que cette solution d’une énigme insignifiante ?
On peut donc se demander ce qui distingue en profondeur le travail qui construit un système du monde de celui qui s’applique à un « carré magique », ou à quelque difficulté combinatoire de cette espèce ?
On parvient à cette conclusion : Système du monde ou carré magique, il a fallu peiner tant d’heures ; il y a eu tant d’abandons, de reprises de la tâche ; tant de trouvailles …
Deux séries d’opérations, très comparables, en somme. Et le reste, prétextes.
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