Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 9 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 11

Une fois les instructions données, Pendleton raccrocha. Il avait parlé à voix basse. Son vendeur, qui s’occupait d’un client près de la vitrine, ne pouvait pas avoir entendu. Malgré tout, il se sentait menacé. Être contacté de façon aussi directe rompait avec une des règles les plus sacrées. Dieu me préserve des amateurs. Il sortit de son bureau, passa devant une rangée de bouteilles de plongée et fit semblant de s’intéresser au client de son vendeur.

— Cette combinaison est ce qu’on fait de mieux. Vous n’aurez aucun mal à rester au chaud avec ça, expliqua Pendleton au client. Si vous avez le moindre problème, si elle n’est pas parfaitement ajustée, n’hésitez pas à revenir. Nous arrangerons ça.

Cela faisait dix ans que son père et lui étaient arrivés en Australie mais il s’exprimait toujours comme un Américain. Les types qui passaient leur vie sur la plage le trouvaient plutôt folklo ; et ça tombait très bien. On passait parfois plus inaperçu en se faisant remarquer. Comme c’était une personnalité locale, il créait l’illusion d’être toujours là, à l’exception de quelques expéditions de plongée où son absence s’expliquait alors parfaitement.

Il dit au revoir au client, fit une tape amicale dans le dos de son vendeur – « jolie vente » – et retourna à son bureau d’où il sortit par la porte de derrière. Même hors saison, Bondi Beach était étonnamment peuplée. Des touristes. Quelques surfeurs invétérés. Des homos tout en muscles cherchant fortune. Avec son pull en éponge, son jean délavé et ses chaussures de bateau en toile (pas de ceinture, pas de lacets, pas de chaussettes), Pendleton avait lui aussi l’air de passer sa vie sur la plage. Il avait passé l’âge, d’accord. Mais même à quarante ans, avec ses cheveux au vent blondis par le soleil, son visage bronzé, ses épaules et sa poitrine aux muscles d’acier, il ne craignait pas la compétition. Cela dit, il ne montrerait jamais de quoi il était vraiment capable.

Il balaya la plage du regard et vit son père farter une planche de surf tout en bavardant avec une cour d’adolescents assemblée autour de lui.

Les yeux de Pendleton se plissèrent, pleins d’affection. Il quitta les planches à l’arrière de la boutique, traversa le sable et arriva jusqu’à son père.