Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 102 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 4

Saul était sous le choc, incapable de détourner les yeux. Chris aurait-il survécu par quelque miracle ? Saul n’avait jamais vu le corps de Chris ; on lui avait parlé de ce combat au couteau dans lequel il avait trouvé la mort, c’est tout. Mais malgré son immense désir de revoir Chris, Saul savait au fond de son cœur que son espoir était vain. Il y avait une forte ressemblance, mais ce prêtre n’était pas Chris.

Un mouvement quasi imperceptible à côté de la fontaine attira l’attention de Saul. Erika cherchait-elle un meilleur poste d’observation ?

Non, décida-t-il. Elle était bien trop professionnelle pour que sa curiosité la pousse à risquer d’être découverte.

Le mouvement se fit plus visible. Une ombre se détacha des ombres. Un homme s’avança. En costume clérical, mais sans col blanc. Un homme qui portait une bague au majeur gauche.

Le Père Dusseault.

L’autre prêtre avait apparemment remarqué l’approche du Père Dusseault. Avec calme, il se tourna vers son visiteur et leva les mains en signe de paix. C’est du moins ce qu’il semblait. Ce geste était en tout point semblable à celui d’un opérateur invitant à ce qu’on le fouille, montrant qu’il n’était pas armé.

4

Afin de voir clairement dans le noir, Drew avait pris soin de ne regarder ni la lune ni le lampadaire. Il s’était concentré sur les buissons les plus sombres, le dos protégé par la fontaine. Le prêtre aurait dû être là, maintenant, mais Drew se disait qu’il avait dû être prudent, progressant avec lenteur et s’assurant que ce n’était pas un piège. Quand il entendit un léger mouvement derrière la fontaine et se tourna avec un calme ostensible, levant les bras en signe de non-agression, il fut soulagé de constater que le Père Dusseault avait choisi d’arriver par le coin le plus sombre de la clairière, aidant ainsi Drew à préserver sa vision.

Évidemment, le prêtre pouvait ne pas être le Père Dusseault. Drew ne l’avait jamais vu auparavant. Dans l’après-midi, il avait téléphoné au prêtre à son bureau du Vatican et avait demandé un rendez-vous.

— À quel sujet ? avait demandé une voix douce au léger accent français.

— Le cardinal Pavelic, avait répondu Drew.

— Je dois vous demander d’être un peu plus précis. Si cela concerne la disparition du cardinal, j’ai déjà reçu un journaliste aujourd’hui et je lui ai dit comme à vous. Nous n’avons aucune information. Renseignez-vous à la police.

— Je ne suis pas journaliste, avait dit Drew. Et je ne crois pas que vous devriez me conseiller de m’adresser à la police. Cela pourrait vous causer des ennuis.

— Je ne vois pas du tout de quoi vous…

— Vous m’avez demandé d’être un peu plus précis. Alors voici. Deux tueurs cherchent le cardinal. Les fils de SS nazis. Leurs pères travaillaient directement pour Hitler. Cela éveille-t-il votre intérêt ?

Le silence s’était fait à l’autre bout de la ligne.

— Ridicule, avait enfin dit le Père Dusseault. Qu’est-ce qui vous fait imaginer que… ?

— Pas au téléphone. Je vous ai déjà dit que je voulais un rendez-vous. En particulier. Le plus tôt possible. Ce soir.

— Qui est à l’appareil ?

— Désolé, avait répondu Drew.

— Vous vous imaginez vraiment que je vais croire une voix anonyme au téléphone ? Que je vais vous rencontrer en secret pour parler de tueurs ?

L’éclat de voix du Père Dusseault avait semblé plus calculé que spontané. Drew avait décidé de l’éprouver.

— Si vous voulez des références, vous pouvez vous adresser à la confrérie.

Une fois encore, le silence s’était fait à l’autre bout de la ligne.

Encouragé, Drew avait poursuivi son petit manège, entamant le code de reconnaissance de la confrérie.

— Dominus vobiscum.

— Je ne vois pas pourquoi vous me dites ça.

— Voyons, mon Père, vous connaissez forcément les répons de la messe en latin.

— Évidemment. Le Seigneur soit avec vous.

— Et qu’est-ce qu’on dit après ?

— Et cum spiritu tuo.

— Très bien. « Et avec votre esprit. » Deo gratias.

Drew avait retenu son souffle, attendant la dernière partie du code de reconnaissance.