Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 67 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 2

Il fonça vers la chambre d’Esteban et même quand il eut avancé suffisamment pour s’apercevoir que les voix venaient en fait de leur chambre de bonne – un mauvais feuilleton de télévision qu’elle avait oublié de couper –, même alors, il était trop engagé pour s’arrêter. Il ouvrit brusquement la porte de la chambre d’Esteban, certain de trouver sa femme au lit avec son garde du corps.

Mais non. La chambre était vide, mais ce qu’il vit sur le lit était tellement plus choquant que la scène d’amour qu’il avait imaginée que ses genoux en tremblaient. Il s’agrippa au bureau d’Esteban puis, une fois calmé, il plongea sur le couvre-lit, le serrant contre sa poitrine. Il avait l’impression que sa poitrine était serrée dans un étau. Il se retourna vivement, craignant que la bonne ne l’ait suivi et n’ait vu ce qu’il y avait sur le dessus-de-lit. Elle pouvait encore monter et se demander ce qu’il fabriquait. Il devait cacher le couvre-lit.

Il roula le couvre-pied en boule et le prit sur le côté pour que la bonne ne le voie pas quand il sortit dans le couloir, franchit le palier et longea l’autre couloir jusqu’à leur chambre. Il était déjà entré dans la chambre, avait refermé la porte et courut jusqu’à la commode pour y cacher le dessus-de-lit quand il vit le reflet de son propre couvre-lit dans le miroir au-dessus de la commode – et ce qu’il y avait dessus.

C’était identique à ce qu’il avait trouvé sur le couvre-pied d’Esteban. Énorme, noir, horrible, si repoussant qu’après avoir roulé en boule le couvre-pied pour le mettre dans le tiroir avec l’autre, Rosenberg ne songea même pas à se rendre dans son bureau secret. Complètement paniqué, il décrocha purement et simplement le téléphone à côté de son lit.

2

Halloway était atterré par la bêtise de Rosenberg : il avait utilisé un téléphone non sûr ! Ce renoncement à la procédure, combiné au bafouillement de Rosenberg, prouvait clairement qu’il perdait les pédales.

— Du calme, nom d’un chien ! le pressa Halloway. De quoi parlez-vous ? Qu’avez-vous trouvé ?

— Un crâne ! Une putain de tête-de-mort ! Peinte en noir sur mon couvre-lit ! Le garde du corps de ma femme en avait une sur son lit aussi !

— Du calme. Ce n’est peut-être pas ce que vous pensez. C’est peut-être une simple menace de mort. Il n’y a aucune raison de croire que…

— Si nous traitons avec Nuit et Brouillard, il faut bien que je croie, justement ! C’est plus qu’une simple menace de mort ! Vous savez parfaitement quelle est l’autre signification de ce symbole ! Ceux qui ont peint ces crânes veulent nous rappeler qu’ils savent tout sur nous !

Halloway parlait à voix basse pour ne pas attirer l’attention de ses gardes du corps dans le corridor.

— D’accord, supposons qu’ils veulent nous le rappeler, qu’est-ce que ça change ? Nous savions déjà qu’ils nous avaient repérés.

— Ça change tout ! fit Rosenberg au bord de l’hystérie. Ça prouve qu’ils ne se contenteront pas de nous avoir pris nos pères ! Ils nous veulent nous, maintenant ! Les fautes de nos pères ! Il faut que la génération suivante en souffre ! Et ils peuvent le faire ! Ils ont réussi à s’infiltrer chez moi malgré toutes les précautions de sécurité possibles !

— On ne peut pas continuer à parler de ça sur une ligne non protégée, avertit Halloway. Raccrochez. Appelez-moi dans une heure au…

Rosenberg poursuivit dans un souffle.

— Et ce n’est pas tout ! Pourquoi deux têtes de mort ? Pourquoi sur mon lit ? Pourquoi sur le lit du garde du corps de ma femme ?

— Je suppose pour doubler l’effet. Pour…

— Vous ne comprenez donc rien, nom de Dieu !

Ma femme et son garde du corps couchent ensemble ! Je croyais que personne n’était au courant ! J’ai essayé de faire croire que je ne soupçonnais rien ! Mais Nuit et Brouillard est au courant ! C’est pour ça qu’ils ont peint des têtes de mort sur les deux lits ! C’est pour me dire qu’ils savent tout sur moi, même qui baise ma femme ! Ils se vantent de connaître tous mes secrets ! Tous nos secrets ! Halloway ! La marchandise ! Le chargement ! Ils savent pour…

— Vous concluez trop hâtivement.

— Vous trouvez, gémit Rosenberg. Sacré nom, je me demande pourquoi j’ai jamais fait des affaires avec vous. Vous êtes tellement orgueilleux que vous refusez d’admettre… !

— Seth et Iceberg vont s’occuper de…