Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 108 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 12

Saul tressaillit de nouveau. Il voulait parler de Chris, de ce même sentiment étrange d’identification.

Mais son attention fut attirée par le Père Dusseault.

— Il faut qu’on le sorte d’ici, fit le prêtre.

— Avant qu’un garde ne se pointe, approuva Saul tout en jetant un regard derrière lui. Ma femme va finir par se demander de quoi on parle. Je ferais mieux de lui dire que tout est clair et qu’elle peut se montrer, ajouta-t-il en lui faisant signe de sortir de sa cachette. Vous ne m’avez pas dit vos noms. Mais peut-être n’avez-vous toujours pas confiance.

L’homme et la femme échangèrent un regard incertain.

— Drew.

— Arlene.

— Saul. Et ma femme, c’est Erika. Elle va vous plaire.

Une fois encore il lui fit signe de sortir.

Il attendit.

Il lui fit signe une troisième fois.

Et il comprit brusquement qu’elle n’allait pas sortir de sa cachette, que tout allait atrocement mal, que sa vie allait être détruite.

12

Saul fonça en direction du bord des jardins et regarda le dôme massif de Saint-Pierre auréolé par les éclairages nocturnes de la ville. Il avait fouillé la moitié des jardins tandis que l’homme qui s’appelait Drew avait vérifié l’autre moitié. Apercevant un garde près d’un palais juste en face, il savait que désormais il ne pouvait aller plus loin. Si Erika n’était pas dans les jardins, il n’y avait aucun espoir de la trouver dans le dédale des bâtiments du Vatican. Il se demanda pour la énième fois ce qui lui était arrivé. Il essayait d’étudier toutes les possibilités avec calme pour arriver à la conclusion que seulement deux étaient plausibles. Elle avait été obligée de s’enfuir ou on l’avait capturée. Mais qui ? Des gardes ? Quelqu’un de la confrérie ?

Les vingt minutes s’étaient largement écoulées. Drew était sûrement de retour près de la fontaine. Peut-être avait-il trouvé Erika ?

Saul courut dans la nuit. La clairière était déserte.

Il serra les poings de rage mais entendit des pas sur sa droite et reconnut Drew qui se découvrait.

— Nous nous sommes cachés au cas où un garde serait apparu, fit Drew. Vous êtes en retard.

— Vous l’avez trouvée ?

— Non… Je suis désolé.

Saul eut l’impression qu’on lui lacérait le cœur.

— Je crois qu’il faut partir, dit Drew.

— Je comprends.

— Vous venez avec nous ou vous préférez continuer à chercher ?

Saul tourna son regard vers les jardins. Cette dernière proposition le tentait atrocement.

— Non, dit-il avec peine. Si elle avait été là, elle se serait montrée, ou bien nous l’aurions trouvée. Je vais continuer à chercher. Mais ailleurs. Seulement je ne sais pas où, fit-il, la voix brisée.

— Reste aussi le problème de savoir où aller avec le prêtre.

Saul scruta une dernière fois les jardins. Il lui fallut un immense effort pour se secouer. Si on le découvrait ici, se dit-il, ça n’aiderait pas Erika. Cela dit, le Père Dusseault pourrait savoir pourquoi elle avait disparu.

Il se concentra.

— Vous feriez mieux de me suivre.

Il s’aperçut qu’ils n’avaient pas trente-six solutions. Ils pouvaient essayer d’emmener le Père Dusseault chez lui, mais il y avait de grandes chances pour qu’un garde les repère et donne l’alarme. Et s’ils y parvenaient, que feraient-ils une fois sur place ? Le questionner dans son appartement ? Au matin, quelqu’un de son service pourrait s’inquiéter de son absence et venir le chercher. Non, il fallait sortir le Père Dusseault du Vatican. Mais comment ? On les arrêterait sûrement s’ils essayaient de franchir les grilles avec lui à 2 heures du matin. Ils pouvaient sans doute se planquer jusqu’au matin. Mais après ? Franchir les contrôles avec le prêtre tandis que les gardes étaient distraits par le flot habituel des touristes ? Mais comment empêcher qu’on remarque le visage tuméfié du Père Dusseault ? Et si jamais le prêtre faisait du raffut à la grille ? En fait, il n’y avait qu’une solution : quitter le Vatican immédiatement, mais sans passer devant les postes de garde.

Avant d’entrer, la veille, Saul et Erika avaient observé attentivement le périmètre du Vatican. Il était entouré d’un haut mur de pierre. On ne pouvait y grimper sans aide et une échelle ou une corde aurait immédiatement attiré l’attention de la police.