Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 73 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 9

— Dans ce cas, je vais préparer une seringue d’amytal de sodium. Reculez. Comme vous dites, à moi de jouer.

9

Sans nœud coulant mais toujours attaché à la chaise, Médicis s’écroula, à demi conscient. Théoriquement, l’amytal de sodium avait supprimé ses défenses mentales, permettant ainsi d’obtenir des informations que Médicis n’aurait pas révélées même sous l’effet de la douleur. Le tout était d’injecter la bonne dose. Trop de produit risquait de rendre ses propos incohérents ou de le faire sombrer dans l’inconscience.

C’était maintenant le tour d’Iceberg de se tenir face au prisonnier. La seringue vide dans une main, il posa la question clef qui l’avait conduit d’Australie au Canada et enfin en Italie.

— Est-ce que l’expression Nuit et Brouillard vous dit quelque chose ?

Médicis répondit avec lenteur. Sa langue semblait collée au palais.

— Oui… ça vient de la guerre.

— Exact. La Seconde Guerre mondiale. Les nazis l’ont utilisée comme tactique terroriste. Quiconque se montrait déloyal vis-à-vis du III e Reich risquait de disparaître sans laisser de traces, de disparaître dans la Nuit et le Brouillard.

Iceberg parlait calmement, distinctement, laissant les mots s’imprimer.

— Est-ce que Nuit et Brouillard est revenu ? Avez-vous entendu des rumeurs selon lesquelles il aurait été réactivé ?

Médicis secoua la tête.

— Pas de rumeurs. Pas de Nuit et Brouillard.

— Essayez de vous rappeler. Est-ce que des terroristes ou un groupe se disant terroriste vous ont contacté ? Quelqu’un vous a-t-il demandé des renseignements sur le cardinal Pavelic ? Quelqu’un vous a-t-il engagé pour faire surveiller le cardinal ?

— Pas de surveillance sur le cardinal, murmura Médicis. Personne ne m’a interrogé sur lui.

— À votre avis, qui a enlevé le cardinal ?

— Sais pas.

— Pourquoi l’aurait-on enlevé ?

— Sais pas.

— Quelqu’un de l’Église pourrait-il être responsable ?

— Sais pas.

Seth s’avança.

— Cette dernière réponse est intéressante. Il ne sait pas si quelqu’un au sein de l’Église est responsable.

Iceberg comprit ce que Seth voulait dire. Quarante minutes plus tôt, Médicis avait insisté pour qu’ils cherchent dans cette direction.

— Tout à l’heure il s’accrochait à tout ce qu’il pouvait trouver pour distraire notre attention. Il ne sait rien.

— Mais plus j’y pense, plus je trouve son idée intéressante.

— L’Église ? Pourquoi pas ? Il faut explorer la moindre hypothèse. Il est concevable que quelqu’un au sein de l’Église ait découvert ce que savait le cardinal Pavelic et l’ait transmis à Nuit et Brouillard.

— Ou que quelqu’un au sein de l’Église soit Nuit et Brouillard.

— Pavelic, fit Iceberg d’une voix chargée de haine. Pendant quarante ans, ce salaud a tenu nos pères. Les documents qu’il conservait. Dieu sait combien d’argent il a exigé en échange de la promesse de garder ces documents secrets. Pavelic était le seul membre extérieur à posséder les informations qui liaient nos pères. Nuit et Brouillard n’aurait jamais pu organiser cette terreur contre eux sans savoir ce qu’il y avait dans les dossiers du cardinal.

— Logique, commenta Seth, mais pas forcément le cas. Il pourrait y avoir une autre explication à laquelle nous n’avons pas songé.

— Comme ?

— C’est ça le problème. Nous n’en savons pas assez, dit Seth. Mais cet homme non plus. Je suggère que nous enquêtions sur la vie privée du cardinal.

— La vie privée ? pouffa Iceberg. Je ne savais pas que les prêtres étaient autorisés à avoir une vie privée. Et… hésita-t-il, pour… ?

Et il désigna Médicis.

— On le tue, évidemment. Il nous est inutile et constitue un danger. Une nouvelle piqûre d’amytal devrait suffire. Indolore. Peut-être même agréable, ajouta-t-il en haussant les épaules.

— Ça ne résout pas le problème de l’homme et de la femme dans la ruelle d’en face, quand nous l’avons enlevé, fit Iceberg. Vous les avez remarqués aussi bien que moi. Ce n’était pas une coïncidence s’ils se cachaient là. Ils portaient à Médicis le même intérêt que nous.

— Si nous les retrouvons, nous les tuons.

La lueur dans le regard de Seth suggérait que ça aussi serait agréable.

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