Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 113 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 17

La surprise saisit Saul.

17

Drew sentit qu’Arlene n’en revenait pas de tant d’honnêteté de sa part.

— Ils ont attaqué le monastère ? demanda Saul.

— Moi aussi, je suis orphelin. Mes parents ont été tués quand j’avais dix ans, dit Drew. À Tokyo. Mon père y travaillait pour le Département d’État. En 1960, ma mère et lui ont été déchiquetés par des terroristes. Les autorités n’ont jamais retrouvé les responsables. Je n’avais que dix ans à l’époque, mais j’ai fait le serment qu’un jour je me lancerais à leurs trousses et que si je ne les trouvais pas, je punirais tous ceux qui étaient comme ceux qui avaient assassiné mes parents. On m’a envoyé aux États-Unis vivre chez mon oncle. Ça ne s’est pas très bien passé, ajouta-t-il d’une voix amère. Alors le meilleur ami de mon père m’a adopté, il s’appelait Ray. Comme mon père, il travaillait pour le Département d’État et il m’a emmené en mission avec lui dans le monde entier. Chaque fois, il s’assurait que j’apprenais les arts martiaux du pays où nous étions. J’avais toujours l’intention de tenir la promesse que je m’étais faite – venger mes parents. Si bien que Ray m’a recruté dans un groupe anti-terroriste du Département d’État nommé Scalpel. On m’a entraîné à devenir un tueur. Pendant dix ans, j’ai tué.

— Dix ans ? Pourquoi avez-vous arrêté ? Pourquoi êtes-vous entré au monastère ?

— Pour la même raison que votre ami. J’avais des cauchemars. En 1979, on m’a envoyé pour une mission qui s’est soldée par la mort de deux innocents, un homme et une femme, ils ont été déchiquetés, exactement comme mes parents. Et c’est moi qui l’ai fait. Leur fils a tout vu, exactement comme moi j’avais tout vu.

— Vous dites qu’ils étaient innocents ? Avez-vous commis une erreur ?

— Non. Scalpel voulait qu’on les tue pour des raisons politiques. Mais j’étais incapable de justifier mon acte. J’étais devenu comme ceux qui avaient assassiné mes parents. J’étais devenu une ordure, comme ceux que je poursuivais. J’étais mon propre ennemi. J’ai eu une… dépression nerveuse, je crois qu’on peut appeler ça comme ça. Je voulais désespérément me racheter, me punir pour mes péchés. Alors je suis devenu chartreux. Pendant près de dix ans, grâce à la pénitence et à la prière, j’ai trouvé une sorte de paix.