Le jeu des ombres
Chapitre 5
D’une voix précipitée, Drew donna des instructions au chauffeur. Si au moins nous n’étions pas pris dans des embouteillages, songeait-il. Si au moins Seth et Iceberg ne tournaient pas avant que je les repère. Il se demandait si Saul avait récupéré Erika et priait ardemment que la femme de son ami fût saine et sauve.
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— Qu’est-ce que vous avez fabriqué ? demanda Iceberg, jetant un rapide regard à l’arrière de la voiture tout en conduisant. Quelque chose s’est mal passé ?
— J’ai inspecté les ruines avant de me montrer. Le mari a respecté les instructions à la lettre. Tout s’est parfaitement déroulé. Je suis satisfait.
— Moi, je ne le serai que lorsque nous aurons filé d’ici. Et si l’autre couple était dans les parages ?
— S’ils le sont, ils garderont forcément leurs distances. Ils savent que je peux toujours utiliser ceci, dit-il en montrant le détonateur. Il ne reste qu’une chose à régler : le prêtre. Ils ne l’auraient pas enlevé s’il ne détenait pas une information capitale.
— Mais peut-être pas ce que nous cherchons.
— Quelles raisons auraient-ils d’interroger le prêtre si ce n’est pour en savoir plus sur le cardinal ? C’est le seul outsider à savoir qui étaient nos pères. Une fois que nous saurons pourquoi il a disparu, nous saurons comment Nuit et Brouillard a découvert nos pères. Oui, fit Seth dans un sourire, il n’y plus qu’à l’interroger. Mais tout compte fait, peut-être pas. Garez-vous.
— Il faut ficher le camp d’ici. Pourquoi voulez-vous... ?
— Arrêtez, je vous dis !
Iceberg obéit, se garant le long du trottoir.
— Dites-moi pourquoi…
— Je ne peux pas résister à la tentation, dit Seth en regardant par la lunette arrière en direction du Colisée. Évidemment, je ne verrai pas l’explosion, mais je l’entendrai. Le choc que cela causera aux touristes ne devrait pas manquer d’intérêt, ajouta-t-il en haussant les épaules.
Il enclencha un bouton pour activer le détonateur contrôlé par radio. Une lampe rouge s’alluma.
— Non, dit Iceberg.
Seth se tourna vers lui.
— Vous avez toujours envie de la protéger ? lança-t-il les yeux brillants.
Il fait ça uniquement pour me provoquer, comprit Iceberg. C’est moi qu’il veut punir, pas la femme.
— À quoi cela sert-il ? Vous m’avez dit que vous aviez menti au mari. Dans un moment, quand nous serons hors d’atteinte, il croira qu’il peut déconnecter la bombe sans qu’elle explose. Puisque la femme va mourir de toute façon, pourquoi la tuer maintenant ?
— Me tromperais-je en pensant que vous espérez que le mari trouvera le moyen de déconnecter la bombe sans qu’elle explose ?
— Et quel mal y aurait-il ? Les drogues l’ont empêchée de nous voir. Elle ne peut identifier…
— Le mal est mon bon plaisir, répondit Seth. C’est une étrangère, qu’est-ce que ça peut vous faire ?
— Qu’est-ce que ça vous fait à vous ? Elle ne représente aucune menace. Sa mort est inutile.
— Au contraire, mon cher. Sa mort vous donnera une leçon. Ne vous mêlez plus de mes affaires, fit Seth en approchant le doigt du détonateur.
Même à ce moment, Iceberg n’aurait peut-être pas agi s’il n’avait vu la cruauté dans les yeux de Seth. La rage s’empara de lui, lui faisant perdre tout contrôle. Comme un ressort tendu à fond qu’on lâche soudain, il se précipita sur le détonateur, l’éteignit et l’arracha des mains de Seth. Il y mit tant de force que Seth eut la peau du doigt arrachée.
Voyant qu’il saignait, Seth grimaça.
— Rendez-moi ce détonateur !
— Nous risquons trop de nous mettre en retard. Nous réglerons ça quand nous serons sortis d’affaire.
— Nous allons régler cela immédiatement !
Seth sortit le pistolet. Malgré le silencieux, cela fit à Iceberg comme si on lui avait donné une claque dans les oreilles. C’était à cause de l’espace confiné de la Citroën. Voyant l’arme, il se tordit pour éviter la balle qui alla se loger dans son bras gauche au lieu de sa poitrine visée. Le projectile ressortit de son bras pour aller se loger dans le tableau de bord. Ignorant la douleur, Iceberg plongea à nouveau, évitant l’arme, avant que Seth puisse tirer à nouveau. Ils luttèrent pour la possession du pistolet.