Le jeu des ombres
Chapitre 25
– Halloway n’osera pas appeler la police. Lui et les autres ont trop à cacher.
Joseph acquiesça d’un air grave et se tourna vers Erika.
— Comment m’as-tu trouvé ?
— Il me faudra tout le voyage de retour pour t’expliquer.
— Je ne rentre pas avec vous en Europe.
— Mais je croyais… commença-t-elle en pâlissant.
— J’aimerais bien, l’interrompit Joseph en lui prenant la main Mais il y a trop à faire. Il faut démanteler toute l’opération. Il faut annuler notre procédure de fuite. Sans compter que – Joseph jeta un regard triste en direction du camion derrière eux – mes amis et moi avons à parler. Il va falloir s’accoutumer. Ce ne sera pas facile. Pour Ephraïm. Pour nous.
— Alors tu dois nous promettre de venir nous voir. N’oublie pas ton petit-fils, dit Erika.
— C’est promis.
— Quand ? demanda-t-elle précipitamment.
— Dans quinze jours.
— Dieu merci, nous vous avons trouvés à temps, dit Drew.
— Je me le demande, fit Joseph d’une voix songeuse. Ephraïm avait raison sur un point. Ils mourront de leur belle mort avant d’être châtiés.
— Non. Nous allons prendre contact avec Misha, dit Erika. Nous lui dirons ce que vous avez trouvé. Il obtiendra l’extradition. Ils seront punis, crois-moi.
— Je veux le croire. Mais d’un autre côté…
Joseph sourit à quelque chose au-dehors.
— « D’un autre côté… » Qu’est-ce que tu veux dire ? Pourquoi souris-tu ?
— Sans raison.
Il venait d’apercevoir une voiture qui les croisait. Une grosse voiture. Elle était remplie d’Arabes. Des Libyens, il en était sûr. Sur le point d’exiger des explications d’Halloway et de Rosenberg sur le piratage de la cargaison d’armement.
Oui, se dit Joseph en prenant sa fille par l’épaule, la justice a du bon.
25
Ils prirent le vol de nuit pour Rome. Saul dormit presque tout le temps, mais une heure avant l’atterrissage, il sentit qu’on lui serrait l’épaule. Il s’éveilla pour voir Drew qui venait de passer près de lui et lui faisait signe de le suivre. Prenant garde de ne pas éveiller Erika et remarquant qu’Arlene aussi dormait toujours, Saul déboucla sa ceinture de sécurité et rejoignit Drew qui l’attendait dans l’allée, hors de vue, entre les deux salles de repos.
— Il faut que je vous parle avant qu’on atterrisse, dit Drew.
— Je pensais qu’on pourrait le faire à Rome.
— Nous n’aurons pas le temps. Arlene et moi devons faire notre rapport à la confrérie. Nous avons rempli notre part du marché. Nous avons appris pourquoi le cardinal avait disparu et qui tentait de saboter l’ordre. Nous avons hâte d’organiser notre liberté.
— Êtes-vous sûr qu’ils respecteront leur promesse ?
— Ils ont intérêt. Ce que je tiens à vous dire, c’est que je suis heureux que tout se soit arrangé pour vous et votre femme. La façon dont elle est sortie de la maison pour affronter les Uzi – c’est une femme remarquable. Bonne chance à tous les deux.
— Erika et moi n’aurions jamais résolu nos problèmes sans votre aide.
— Et Arlene et moi n’en serions pas sortis sans vous et Erika. Nous vous en sommes très reconnaissants.
— Ce que j’ai à dire n’est pas facile.
Drew attendit.
— Au début, dit Saul, j’ai instinctivement éprouvé de l’amitié pour vous. À cause de mon frère adoptif mort. Vous n’avez pas seulement vécu la même chose que Chris. Vous lui ressemblez.
— Que voulez-vous dire par « au début » ? Qu’est-ce qui a changé ?
— La ressemblance avec quelqu’un est un piètre fondement pour une amitié. Je veux que nous soyons amis – pour ce que vous êtes, vous.
— Ça me va, sourit Drew.
Ils se donnèrent une bourrade.
— J’aimerais que vous fassiez quelque chose pour moi, dit Drew.
— Tout ce que vous voulez.
— Convaincre Gallagher de ne pas essayer de nous retrouver. Dites-lui que nous en avons soupé des réseaux. Nous ne voulons pas être recrutés. Nous ne souhaitons qu’une chose, disparaître. Pour vivre en paix.
— Je transmettrai le message.
— Autre chose, fit Drew. Nous ne pouvons aller trouver la confrérie tant que le Père Dusseault est entre les mains de la CIA.
Saul comprit. Si la confrérie découvrait que le prêtre était prisonnier de la CIA, l’ordre reprocherait à Drew et Arlene d’avoir compromis leur existence secrète. Drew et Arlene trouveraient la mort au lieu de la liberté.
— La dernière fois que je l’ai vu, le prêtre était drogué, dit Drew. Il ne sait rien de ce qu’il s’est passé depuis la nuit dans les jardins du Vatican. Il ne sait pas que vous existez ni qu’il a été interrogé par l’Agence. Dites à Gallagher d’apprendre ce qui l’intéresse et de relâcher le prêtre aux abords du Vatican. Le Père Dusseault cherchera la protection de la confrérie, mais quand ils sauront par moi ce qu’il a fait, ils le puniront d’avoir tué le cardinal et d’avoir envoyé le groupe d’Avidan attaquer les nazis.
— Et le moment voulu, l’Agence foncera sur la confrérie. Ça ne devrait pas être bien difficile à combiner, dit Saul. Gallagher est déjà assez inquiet comme ça d’avoir gardé le prêtre. Il craint d’avoir abusé de son autorité. Ce qu’il veut, c’est avoir les renseignements sans controverse sur la façon dont il se les est procurés. Saul s’interrompit puis reprit. Nous garderons le contact ?
— Dès qu’Arlene et moi serons libres.
— Où pensez-vous vous installer ?
— Nous ne sommes pas encore décidés. Les Pyrénées, peut-être.
— Pourquoi pas le désert ? Ce serait bien si vous habitiez en Israël avec nous.
— J’ai passé un an dans le désert. Ça ne m’a pas particulièrement réussi.
— C’est vrai, dit Saul dans un sourire. Je comprends. C’est seulement… ajouta-t-il tandis que son sourire s’effaçait.
— Oui ?
— Moi aussi j’ai quelque chose à vous demander.
— Tout ce que vous voulez.
— Il y a quinze jours, quand tout a commencé, notre village a été attaqué. Pour nous atteindre, nous. Nous pensions que cela avait quelque chose à voir avec la disparition de Joseph. Quelqu’un essayait peut-être de nous empêcher de trouver la raison de sa disparition. Mais le problème, c’est que rien de ce que nous avons appris a le moindre lien avec cette attaque. J’ai peur qu’il n’y ait quelqu’un d’autre là-bas, quelqu’un qui, pour une autre raison, en veut à ma vie et à celle d’Erika. Je crois qu’ils vont recommencer.
Drew effleura le bras de son nouvel ami. Ses yeux pleins de détermination n’en brillaient pas moins d’amour.
— Nous y serons dès que possible. Après cela… dit-il d’une voix qui ressemblait tant à celle de Chris. Qu’ils essaient seulement, les salauds. Contre nous quatre ? J’aimerais bien voir ça.
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David Morrell