Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 116 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 20

— Quel était ce service ?

— Drew devait retrouver le cardinal disparu.

— Pourquoi ne pouvaient-ils se débrouiller tout seuls ?

— C’est exactement ce que nous nous sommes demandé, fit Drew. Un conjuré que nous avons rencontré au Caire nous a dit que quelqu’un de l’ordre essayait de le détruire et que tout cela était lié avec la disparition du cardinal. Si Arlene et moi voulions vivre en paix, nous devions retrouver le cardinal et permettre ainsi de savoir qui tentait de saboter la confrérie. Je soupçonne fort le Père Dusseault d’être impliqué dans cette trahison, le puzzle commence à s’assembler. Mais ce qui me chiffonne c’est qu’il y a deux autres personnes à la recherche du cardinal. Deux tueurs, fils de tueurs nazis.

— Fils de tueurs nazis ?

— Leurs noms sont Seth et Iceberg.

Saul était atterré.

— Un blond et un roux ?

— Vous les connaissez ?

— Quand j’étais à l’Agence, des bruits circulaient. Sur Seth en particulier. On dit qu’il est fou. Mais qu’est-ce que c’est que toute cette histoire, nom de Dieu ?

— Il y a un lien ? Entre ce que vous voulez, ce que nous voulons et ce qu’ils veulent ? demanda Arlene.

— Des disparitions – ma femme et son père, dit Saul. Et des prêtres-tueurs.

— La disparition d’un cardinal, reprit Drew. Et les fils de tueurs nazis.

20

Iceberg était assis dans l’obscurité sur le sol bétonné et humide du sous-sol d’un palais proche de la chapelle Sixtine. Il ne pouvait voir la femme étendue près de lui, mais il sentait la chaleur de son corps et, s’il se penchait, la faiblesse de son souffle. Évidemment, il ne voyait pas non plus Seth de l’autre côté de la femme, mais ce qu’il entendait l’exaspérait – la main de Seth qui remontait le long de son corps. Iceberg essaya de réprimer son dégoût.

La veille, dans l’après-midi, fermement décidés à arracher des informations à l’assistant du cardinal, le Père Dusseault, ils étaient entrés au Vatican parmi un groupe de touristes. Un guide avait escorté le groupe dans la basilique Saint-Pierre. Seth et Iceberg étaient restés en arrière, cherchant un endroit où se cacher jusqu’à la tombée de la nuit. La porte qui donnait dans ce sous-sol obscur n’était pas fermée. À minuit, ils avaient quitté l’endroit pour se rendre à l’appartement du Père Dusseault. Experts au jeu de se fondre dans la nuit, personne ne les avait remarqués.

Leur plan consistait à pénétrer dans l’appartement du prêtre pendant son sommeil, l’enlever et le questionner pendant la nuit. Une fois au coin de la rue qui menait à sa demeure, ils s’arrêtèrent pour étudier leur approche. Mais au moment où Seth s’avançait, Iceberg le saisit et le tira en arrière, lui désignant un renfoncement à un tiers environ de la rue, en face. C’était une des cachettes qu’Iceberg avait prévues.

Mais quelqu’un d’autre avait eu la même idée. Dans le renfoncement, une ombre bougeait. Un homme se pencha, leva les yeux en direction d’une fenêtre d’en face puis se renfonça. Ce fut bref, mais Iceberg eut le temps de remarquer qu’il ne portait pas de costume clérical – c’était un outsider, comme Seth et Iceberg.

Ils observèrent l’homme qui observait le bâtiment. Bientôt, il regarda au bout de la rue puis se cacha à nouveau. C’était discret. Cet homme avait manifestement de l’expérience. Sa façon de regarder montrait qu’il n’était pas seul ; il attendait soit de recevoir soit de donner un signal.

Un prêtre sortit de l’immeuble, regarda de chaque côté de la rue avant de prendre à gauche, s’éloignant de Seth et Iceberg et de l’homme. L’homme ne bougea pas, mais plus loin, une fois que le prêtre fut passé devant une porte, une femme apparut et le suivit. Les muscles d’Iceberg se contractèrent. Un homme et une femme ? Une fois déjà Seth et lui avaient trouvé un homme et une femme sur leur chemin. Quand ils avaient enlevé Médicis.

Mais l’homme suivit le prêtre, lui aussi, et quand Iceberg l’eut bien regardé, il décida que ce couple-là n’était pas le même que l’autre fois. L’homme était plus costaud et la femme avait les cheveux plus longs.

Malgré tout, cela inquiétait Iceberg. Étaient-ils eux aussi après le Père Dusseault ? Le prêtre qu’il venait de voir était-il le Père Dusseault ? Il ne l’avait jamais vu, en fait, même en photo. Iceberg décida que le mieux était encore de les suivre. Il fit signe à Seth et ils se mirent en route.

Ils arrivèrent prudemment jusque dans les jardins du Vatican où, demeurant à l’arrière, ils virent une clairière avec une fontaine en forme de galion espagnol. Le clair de lune révélait un prêtre debout près de la fontaine. Iceberg plongea à terre. Seth et lui s’approchèrent en rampant afin de mieux voir s’il s’agissait de celui qui avait quitté l’immeuble.

Non. Mais Iceberg eut un choc quand il s’aperçut que c’était l’homme qu’ils avaient vu dans la ruelle pendant l’enlèvement de Médicis. Perplexe, il jeta un regard à Seth, qui avait lui aussi reconnu l’homme et secouait la tête en signe d’incompréhension. Un second prêtre – celui qui avait quitté l’immeuble et qu’Iceberg soupçonnait d’être le Père Dusseault – se montra dans la clairière. Ils se parlaient. Tout à coup, le Père Dusseault attaqua au couteau. C’était ahurissant. Plus ahurissant encore, l’autre prêtre se défendit magnifiquement. Le Père Dusseault était bon, mais l’autre était meilleur. Il prit l’avantage, frappant le Père Dusseault à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’il s’écroule à terre.

Iceberg était fasciné. C’était la première fois qu’il voyait des prêtres se comporter en guerriers. Une religieuse arriva en courant dans la clairière – c’était la femme qu’Iceberg avait vue dans la ruelle avec l’homme. Iceberg mourait d’envie de comprendre ce qui se passait. Seth et lui auraient pu les mettre hors de combat grâce à leurs armes munies de silencieux. Mais ils savaient qu’ils n’étaient pas seuls à observer la scène. Il y avait l’autre couple, dissimulé quelque part. L’homme qu’ils avaient suivi se montra alors, mains levées. Iceberg fut tenté de ramper plus près pour entendre ce qui se disait.

Mais Seth détourna son attention. Il sortit de sa poche un étui plat en cuir, prit une seringue et rampa sur la droite, comme s’il voulait faire le tour de la clairière. Étonné, Iceberg le suivit. Et quand Seth s’arrêta, observa les buissons et poursuivit son chemin, Iceberg comprit que Seth visait la femme qu’ils avaient aperçue près de l’immeuble. Elle ne s’était pas encore montrée dans les jardins ; elle avait sans doute décidé de voir le tour que prendraient les choses.

Son ombre se profila derrière un arbre à une vingtaine de mètres à gauche d’Iceberg. Elle était invisible de la clairière mais pas du point d’observation d’Iceberg. Seth s’approcha d’elle avec d’infinies précautions, fit une pause puis plongea brusquement l’aiguille dans son bras. Elle lutta moins de cinq secondes.