Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 46 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 3

— Il faut que je parte.

— Tout de suite ? fit sa femme en le câlinant.

— Je dois être quelque part dans quarante minutes.

— Il te faut combien de temps pour y aller ?

— Vingt-cinq minutes.

— Dix minutes pour te laver et t’habiller. Ça nous laisse…

Cinq minutes. Ce fut suffisant.

3

Rosenberg dit à ses trois gardes du corps d’attendre dehors dans la voiture. Puis il entra dans le bâtiment délabré, grimpa quatre à quatre les escaliers grinçants et tourna la clef d’une pièce au deuxième étage.

C’était plutôt un petit cabinet avec une fenêtre. La pièce était vide, à l’exception d’un téléphone à même le sol et d’un cendrier sur le rebord de la fenêtre. Il l’avait louée et payé la note de téléphone sous le nom de José Fernandez. Cet arrangement n’avait qu’une raison : offrir un endroit sûr où il pouvait avoir des conversations téléphoniques internationales sans crainte d’être repéré.

Il savait qu’au sud de l’Ontario, Halloway avait le même genre de téléphone dans le même genre de bureau. Dès qu’Halloway aurait donné instruction à son relais de prévenir Rosenberg du coup de fil, Halloway se rendrait à ce bureau, tout comme Rosenberg au sien. Rosenberg le savait parce que si Halloway avait déjà été sur place, il n’aurait pas eu besoin d’un relais ; il aurait appelé directement. Les circonstances avaient donc suffisamment changé pour qu’Halloway refuse de perdre du temps à appeler Rosenberg depuis le téléphone sûr, puis à attendre que Rosenberg aille jusqu’au sien. Par l’intermédiaire de ce relais, Halloway l’avertissait que même les quarante minutes nécessaires pour se rendre au téléphone sûr étaient critiques.

Il ouvrit son attaché-case et y prit un instrument électronique de la taille d’une radio portative. Il le brancha au mur, vérifia l’écran et le promena dans toute la pièce. L’engin émettait un bourdonnement. S’il y avait un micro caché dans la pièce, l’instrument recevrait aussi le bourdonnement relayé par le micro. Ce son en retour s’afficherait sur le cadran. Mais l’aiguille ne bougeait pas. Aucun micro n’était donc dissimulé.

Pas encore satisfait, Rosenberg prit un deuxième instrument électronique dans l’attaché-case qu’il pinça sur quatre millimètres du fil dénudé du téléphone. L’engin contrôlait la force du courant électrique dans la ligne téléphonique. Comme une écoute pomperait obligatoirement de la puissance, la force de courant augmenterait pour compenser cette perte d’énergie. Le cadran n’indiquait aucune augmentation de puissance. Le téléphone n’était pas sur écoutes.

Rosenberg alluma en hâte une cigarette – une Gauloise ; il détestait le tabac mexicain – puis il vérifia sa montre, la même que celle de sa femme. Dans deux minutes, le téléphone sonnerait. Dans le cas contraire, si Halloway ou lui étaient retenus, il était convenu d’attendre trente minutes et, si nécessaire, encore trente minutes.

Il aspira la fumée et fixa le téléphone du regard. La sonnerie retentit enfin. Il saisit le récepteur.

— Aztèque.

— Eskimo.

— J’attendais votre appel ce matin. Pourquoi avez-vous tant tardé à prendre contact ?

— Je devais attendre qu’ils soient partis, fit Halloway. L’accent canadien qu’il avait acquis était convaincant. C’est parti. Ils y seront demain matin.

— L’Europe ?

— Rome. Tout désigne le cardinal Pavelic. S’ils trouvent pourquoi il a disparu…

— Ça va leur prendre combien de temps ? coupa Rosenberg.

— Combien de temps ? Ce sont les meilleurs. Leurs pères étaient les meilleurs. Impossible à dire. Pas plus que nécessaire, c’est tout ce que je peux dire.

— Et tout ce que je peux dire, moi, c’est que si nous n’honorons pas notre contrat…

— Inutile de préciser, fit Halloway. Comme si Nuit et Brouillard n’était pas suffisant, il faut aussi qu’on s’inquiète pour nos clients.

— Qui insistent pour qu’on les livre.

— Nos garanties sont inchangées, dit Halloway. J’avais déjà entière confiance en Seth. Mais maintenant qu’Iceberg est avec lui, rien ne pourra les arrêter.

— J’espère que vous avez raison, pour notre bien à tous.