Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 8 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 10

— Je me suis déjà fait une raison – mon père est mort.

— Je n’abandonne pas aussi aisément que vous, fit Halloway. Mais si vous aviez raison ? Si votre père, mon père et le père de tous les autres étaient morts ? Vous comptez en rester là ?

— Oh non, croyez-moi, ces salauds vont me le payer.

— Dans ce cas il faut discuter d’un plan.

Kessler s’avança d’un pas rapide.

— Vous avez quelque chose de précis en tête ?

— Absolument. Vous n’avez peut-être pas remarqué, mais vous n’êtes pas le seul à avoir hésité à venir. En fait, deux d’entre nous sont absents. Les plus importants, à maints égards.

Troublé, Kessler dévisagea chacun des membres du groupe et comprit soudain.

— Compte tenu de ce que j’ai l’intention de proposer, leur participation est vitale, dit Halloway.

Kessler acquiesça.

Seth et Iceberg.

10

Sydney, Australie. Juin. La cathédrale St Andrew, dont les fondations datent de 1819, était aussi impressionnante que l’affirmait le guide. Kessler parcourut l’intérieur sombre où résonnait un écho, étudia les voûtes, admira les vitraux et ressortit. Aveuglé par l’éclat du soleil, il descendit les immenses marches jusqu’au trottoir. Près de la cathédrale, dans George Street, il arriva à la mairie qu’on utilisait pour les concerts et les réunions, expliquait le guide. Après s’être attardé le temps qu’il fallait pour que cela semble naturel, il se dirigea tranquillement jusqu’au coin de la rue, héla un taxi qui le conduisit à l’un des innombrables restaurants orientaux pour lesquels Sydney était connue. Il avait un rendez-vous d’affaires, mais était volontairement arrivé en avance. Il se rendit à une cabine téléphonique et composa le numéro que lui avait indiqué Halloway.

Une voix d’homme répondit.

— Boutique de surf et de plongée de Bondi Beach.

— M. Pendleton, je vous prie.

— Le père ou le fils ?

— Aucune importance.

— Je suis le fils.

— Monsieur Pendleton, il y a des icebergs en Australie ?

Un bref instant, le silence fut si lourd que Kessler crut la ligne coupée.

— Monsieur Pendleton ?

— Qui est à l’appareil ?

— Un ami.

— J’ai des clients qui attendent. Je loue et vends des planches de surf. Et du matériel de plongée. Et vous venez me parler d’icebergs ? Je n’ai pas de temps à perdre.

— Attendez. Si je vous disais Thomas Conrad. Boîte postale 438.

Une fois encore, le silence se fit pesant. Quand Pendleton parla enfin, sa voix était étouffée, comme s’il avait mis sa main devant l’appareil.

— Que voulez-vous ?

— Vous voir. Il est évident que si je vous voulais du mal je n’aurais pas eu besoin de téléphoner. Je ne vous aurais pas dit d’être sur vos gardes.

— Vous venez de leur part, n’est-ce pas ?

— Mon nom est Kessler.

— Bon sang, j’ai pourtant été très clair. Je ne veux rien avoir à faire avec…

— Il s’est passé des choses. Les circonstances m’ont obligé à venir.

— Vous êtes à Sydney ? Bon Dieu !

— J’appelle d’une cabine dans un restaurant. C’est la première fois que je viens ici. On ne peut ni nous entendre ni nous retrouver.

— Mais vous savez mon nom, et où me trouver ! Si vous êtes pris… !

— J’ai fait attention de ne pas être suivi.

— Vous avez fait attention ? fit Pendleton, plein de mépris. Si vous étiez sûr de ne pas être suivi, vous n’auriez pas appelé, vous seriez venu.

— Je ne voulais pas risquer de vous surprendre. Si je vous semblais une menace, je n’aurais sûrement pas eu la moindre chance de m’expliquer.

Pendleton jura.

— J’ai tenté de vous prouver ma bonne foi, dit Kessler. Je vous en prie, il faut qu’on se voie. Plus tôt nous parlerons, plus vite j’aurai quitté le pays.

— Pas ici.

— À la boutique ? Bien sûr. Je m’en voudrais de vous mettre en danger.

— N’écrivez rien, fit Pendleton. À 4 heures, cet après-midi…