Le jeu des ombres
Chapitre 12
— Bon, je suis désolé, excusez-moi. Je ne voulais pas vous menacer. Mais essayez de comprendre. Saul se pencha à nouveau sur Iceberg. Dites-moi ce que j’ai besoin de savoir. Utilisez toutes vos forces. Vivez. Et vous serez libre. Ou je mourrai en essayant de vous protéger.
— Sacrée promesse, murmura Iceberg.
— Vous pouvez compter dessus.
Iceberg humecta ses lèvres desséchées.
— Que… que voulez-vous savoir ?
— Dans la voiture qui nous conduisait ici, vous avez dit qu’Halloway vivait près de Toronto. Dans un endroit nommé Kitchener. Concentrez-vous. Comment puis-je trouver Halloway ? Où est… ?
— Kitchener ? fit Iceberg d’une voix presque éteinte, comme un bruissement de feuilles mortes. Il habite… juste à la limite. Nationale 401… ouest de Toronto… quatre-vingts kilomètres… sortie numéro…
Saul voulait retenir chaque mot.
12
Minuit. La Méditerranée. Sud de la Crête, nord de la Libye. Le capitaine du cargo Méduse était inquiet : il avait vu des signaux lumineux par tribord avant. Son rendez-vous avec les Libyens n’était prévu qu’à 3 heures du matin. Il avait trois heures d’avance et on ne l’avait pas prévenu d’un changement de programme. Depuis 11 heures du soir il avait maintenu un silence radio, tout comme les Libyens étaient censés le faire, de peur que des ennemis n’aient vent de la livraison. Donc, s’il y avait bien un changement de programme, il n’aurait pas été prévenu. L’important était que le signal lumineux soit bien le code prévu. Il donna ordre qu’on confirme le code par signaux lumineux puis se détendit quand il reçut une nouvelle confirmation de code des Libyens. Plus tôt il se débarrasserait de son chargement, mieux il se porterait.
La cheminée d’un navire se dressa dans la nuit et s’arrêta à distance prudente du Méduse. Des barques débarquaient de l’autre navire, moteurs grondants. Le capitaine dit à ses hommes d’abaisser les échelles de corde et de tenir la grue prête à décharger.
Les vedettes manœuvrèrent pour s’aligner contre le Méduse. Des hommes grimpèrent en hâte sur les échelles de corde. Le sourire de bienvenue du capitaine s’évanouit quand il s’aperçut qu’ils portaient des masques et des armes automatiques et qu’ils maîtrisaient l’équipage du Méduse et les obligeaient à monter dans les canots de sauvetage. On lui assena un coup de pistolet sur le crâne. Il hurla.