Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 134 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 10

Mais il eut le temps d’entendre Drew redemander à Iceberg :

— Où est Halloway ?

— Kitchener. Près de Toronto. Au Canada.

10

Malgré son mal d’estomac, Misha Pletz avala une nouvelle gorgée de café bouillant et se retint de filer en bas dans la salle de communications dans le sous-sol du quartier général du Mossad à Tel-Aviv. Il n’était que 11 heures du matin. L’opération Récupération ne se déroulait pas avant une heure et dans l’intervalle, son équipe avait ordre de faire le silence radio. De toute façon, je ne ferais que gêner si je descendais, se dit-il. J’ai fait mon boulot. Nous avons tout passé en revue je ne sais combien de fois.

Cela ne l’empêchait pas de se demander si l’information transmise par Joseph était bonne. Il avait été impossible de vérifier la contrebande, les lieux et heure de la livraison, non plus que les codes d’identification. Si l’informateur n’avait pas été Joseph, si la menace n’avait pas été critique pour l’existence même d’Israël, Misha n’aurait pas pris le risque d’intervenir. Mais compte tenu des circonstances, ne rien faire aurait constitué un risque plus grand encore. Ses supérieurs avaient bien été obligés d’en convenir.

La porte de son bureau s’ouvrit. Son assistant entra précipitamment, ses yeux fatigués brillant d’excitation.

— Romulus vient d’établir le contact.

Misha se raidit.

— Je l’espérais tant. Où est-il ?

— Rome.

— Comment nous a-t-il joints ?

— Par l’intermédiaire de la CIA, répondit l’assistant de Misha en lui tendant un bout de papier avec un numéro inscrit dessus. Il veut que vous l’appeliez le plus tôt possible.

Le message était curieux. La dernière fois que Misha avait vu Saul, l’Agence avait peut-être tenté de l’assassiner, et même si la CIA n’était pas impliquée dans cette tentative, elle avait fait promettre à Saul de se tenir à l’écart. Alors pourquoi Saul utilisait-il un de leurs contacts ? Avait-il des ennuis avec eux ? Était-ce un message bidon ?

Mais si ce message était curieux, il était le bienvenu à double titre. Car non seulement Misha avait hâte de parler à Saul et Erika, mais il trouvait là une excellente occasion de penser à autre chose qu’aux nouvelles de l’opération Récupération. Il s’empara du téléphone sûr et composa le numéro. Il y eut des craquements sur la ligne. À l’autre bout, le téléphone sonna une fois seulement avant que la voix rauque caractéristique de Saul ne dît :

— Allô.

— Ici la vipère des sables. Pouvez-vous parler librement d’où vous êtes ?

— Je suis dans une maison sûre de l’Agence. Ils m’ont affirmé que le téléphone était sûr aussi.

— Avez-vous des ennuis ?

— Avec l’Agence ? Non, ils sont plutôt coopératifs. Ce serait trop long à expliquer, dit Saul qui parla plus vite. J’ai appris des choses troublantes concernant le père d’Erika.

— Moi aussi, dit Misha. À deux reprises au cours des deux derniers jours il m’a envoyé des messages. J’ai une confirmation visuelle – il est vivant. Dites-le à Erika. Son père est vivant, et il n’est pas détenu. Cependant, il tient à rester hors de vue. Il a échappé à des tentatives de le suivre. Les messages qu’il m’a envoyés…

— À propos des nazis ? fit Saul, l’air surpris. Il vous l’a dit, carrément ?

— Des nazis ? s’exclama Misha en serrant le téléphone. Mais de quoi donc parlez-vous ?

— Des criminels de guerre. C’est pour ça que Joseph a disparu. Lui, Ephraïm Avidan et d’autres anciens opérateurs dont les noms sont sur la liste que vous nous avez remise ont appris où se cachaient des criminels de guerre. Ils ont formé une équipe et se sont lancés après eux.

Misha était sans voix.

Saul se fit pressant.

— Si Joseph ne vous a rien dit, que contenaient ses messages ?

— Même avec un téléphone aussi sûr que celui-ci, je ne puis prendre le risque de vous le dire. Il possédait une information vitale pour Israël. C’est tout ce que je puis révéler. Dès demain midi je serai en mesure de tout expliquer.

— Mais demain ça peut tout changer. Joseph pourrait déjà avoir fait des choses qui le hanteront pour le restant de ses jours. Pour lui, pour Erika, il faut que je l’arrête. Vous dites qu’il a de nouveau disparu. Vous n’avez aucune idée de l’endroit où il peut se trouver ?