Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 97 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 8

Mais avec les récentes mesures anti-terroristes, résultat de l’augmentation des attentats terroristes, Marseille et les autres ports européens étaient devenus trop risqués pour la contrebande d’armes. L’autre solution consistait à faire venir les armes d’Amérique du Sud, où les innombrables guerres civiles avaient contribué à créer un énorme stock d’armement soviétique et américain, facile à vendre. C’est ainsi que le Méduse avait traversé l’Atlantique avec du café brésilien empilé sur des armes Contra fournies par la CIA pour rencontrer le cargo libyen en Méditerranée dans trente-six heures. Ce que la Libye comptait faire avec ces armes n’était pas le problème de la Transoceanic. Le seul souci de Rosenberg et d’Halloway était les cent millions de dollars à la clef.

8

Tel-Aviv, Israël. L’hélicoptère avait à peine touché terre que Misha Pletz sortait déjà. Il courut vers le plus petit des bâtiments en tôle ondulée situés au coin sud de l’aéroport. Un homme solidement charpenté en chemise blanche à manches courtes l’attendait.

— Vous l’avez avec vous ? cria Misha.

L’homme costaud désigna l’attaché-case dans sa main.

— Vous voulez le lire dans la voiture ou… ?

— Non. Ici, répondit Misha.

Ils pénétrèrent dans le bâtiment à air conditionné.

— Nous avons reçu le message il y a quarante minutes, dit l’homme en sortant un document de son attaché-case. Quand j’ai vu le nom de code, je vous ai appelé de suite.

Misha prit le papier. Il revenait d’un kibboutz à trente kilomètres de la ville où il avait rempli la promesse faite à Saul et Erika de s’assurer que leur fils était bien protégé. Laisser Christopher avec des gardes affiliés au Mossad avait été une des choses les plus difficiles qu’on lui eût jamais demandées.

— Ton papa et ta maman t’aiment et ils reviendront bientôt, avait dit Misha. Et moi aussi je t’aime.

Il avait embrassé l’enfant et, incertain que Saul et Erika fussent encore en vie, craignant que son émotion ne panique leur fils, il avait couru jusqu’à l’hélicoptère.

Pendant qu’il revenait à Tel-Aviv, le pilote avait dit à Misha de prendre ses écouteurs – le quartier général voulait lui parler. La radio de bord était équipée d’un brouilleur, mais l’assistant de Misha avait quand même refusé de révéler la nature du message urgent qu’ils avaient reçu, se contentant d’en donner la source. Le Blason multicolore.

Le nom de code avait la force d’un coup. Il appartenait au père d’Erika, Joseph Bernstein.

Les yeux maintenant habitués aux ombres du bâtiment, Misha étudia le document.

— Comment est-ce arrivé ? Quelle antenne ? Quel pays ?

— Notre ambassade à Washington, répondit l’assistant. Un de nos hommes là-bas a été entraîné par Joseph il y a dix ans. Et ce matin, notre homme est assis au comptoir d’un café. Il regarde à côté de lui et devinez qui se trouve là ?

Misha frémit d’excitation.

— Notre homme est sûr de lui ? A-t-il émis le moindre doute ?

— Aucun. C’était Joseph. C’est probablement pour ça que Joseph l’a choisi comme relais – parce qu’ils se connaissent bien. Apparemment, Joseph voulait être garanti que nous ne mettrions pas en doute la source de son message. Le contact a duré moins d’une minute. Joseph a dit à notre homme qu’il ne fallait pas s’inquiéter pour lui. Il s’occupait d’une affaire en cours. La fin était proche.

— Et c’est supposé vouloir dire quoi, ça ?

— Notre homme a posé la question. Joseph a refusé de donner des détails. Il lui a seulement remis une note. Cette information, c’est du béton, a-t-il affirmé. Il voulait que vous soyez au courant. Il voulait que vous agissiez en conséquence. L’instant d’après il avait disparu.

— Comme ça, tout simplement ? Notre homme n’a pas tenté de le suivre ?

— Tenté est bien le mot. Joseph connaît toutes les ruses. Il l’a semé en moins de cent mètres.

— A-t-il dit comment il avait trouvé Joseph ?

— Épouvantable. Pâle. Amaigri. Les mains tremblantes. Mais le pire, c’étaient ses yeux, a-t-il précisé.

— Qu’est-ce qu’ils avaient de particulier ?

— Ils semblaient – et je cite – notre homme étant alors tombé dans la subjectivité – torturés.

— Par quoi ?

L’assistant haussa les épaules.

Misha secoua la tête.

— Nous avons cherché Joseph partout, et le voilà qui montre le bout de son nez dans un café de Washington.

— En tout cas on sait qu’il est vivant.

— Et je bénis le ciel, croyez-moi. Mais qu’a-t-il fabriqué tout ce temps ? Pourquoi était-il à Washington ? Comment a-t-il eu ces renseignements ? poursuivit-il en tapant sur le document.

— Vous avez toujours dit que c’était un des meilleurs. Et je souligne qu’il a dit à notre homme à Washington que cette information était du béton.

Misha relut le message.

« Un navire, le Méduse, rencontrera demain soir un cargo libyen pour un transfert d’armes destinées à des attaques terroristes contre Israël. »

Le message donnait l’heure de la livraison, les coordonnées du rendez-vous en Méditerranée, et les codes que chaque bateau utiliserait pour s’identifier auprès de l’autre.

— Comment a-t-il eu ces renseignements ? redemanda Misha.

— La question la plus importante est : que comptez-vous en faire ?

Misha était paralysé. Malgré les assurances de Joseph quant à la validité du message, il y avait toujours une chance d’erreur. La procédure standard exigeait que d’autres sources corroborent l’information avant d’envisager des contre-mesures. Mais le temps manquait pour confirmer les affirmations de Joseph. Si les armes existaient bien et si on n’agissait pas demain soir, le transfert aurait lieu. Les armes seraient distribuées. Les attaques contre Israël se dérouleraient. Mais si, d’un autre côté, ces armes n’existaient pas et que les avions israéliens détruisaient le navire…

Misha préférait ne pas imaginer les conséquences au niveau international.

— Que comptez-vous faire ? demanda son assistant.

— Ramenez-moi au quartier général.

— Et ?

— Je vous le dirai une fois là-bas.