Le jeu des ombres
Des Cauchemars, Alors et Maintenant
DES CAUCHEMARS,
ALORS ET MAINTENANT
1
Tandis que la route de montagne sinuait de plus en plus en grimpant, le moteur de la Volkswagen de location commença à crachoter. La voiture refusait de gagner de la vitesse pour compenser l’inclinaison. Cinq cents mètres plus loin, Saul sentit une odeur d’essence et se gara sur une aire d’observation au milieu d’un virage. Il coupa le contact.
À côté de lui, Erika bougea et s’éveilla. Le soleil du matin qui éclairait la vallée à leurs pieds lui fit cligner les yeux. Le ciel était turquoise, les champs émeraude. Tout en bâillant, elle regarda sa montre.
— 10 h 46 ? s’exclama-t-elle, pleine d’inquiétude. Tu conduis depuis l’aube. Tu dois être épuisé. Laisse-moi prendre le volant.
— Ça ira. Il ne reste que quinze kilomètres.
— Quinze ? Alors pourquoi t’es-tu arrêté ?
— On frisait l’incendie.
Les narines d’Erika frémirent.
— Ah oui, je sens, maintenant. Essence.
— Je crois que c’est le carburateur.
Il ouvrit la portière et, une fois dans la voiture, souleva le capot. Une pellicule de liquide recouvrait le moteur. De la vapeur s’échappait. Erika apparut à côté de Saul et étudia le moteur.
— Donne-moi ton canif, dit-elle.
Elle sortit la lame et ajusta une vis sur le conduit du carburateur. Saul savait ce qu’elle faisait. La voiture, qu’ils avaient louée à Vienne, avait dû être réglée pour la conduite en ville et en plaine. Maintenant que le carburateur avait été confronté à l’air raréfié de la montagne, il ne pouvait pas mélanger suffisamment d’oxygène et d’essence pour permettre un allumage correct. Le moteur était noyé. L’excès de carburant était remonté dans le carburateur. Le remède était simple : il fallait ajuster le réglage du carburateur.