Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 137 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 13

Dans un canot qui dérivait, il observait le Méduse gagner de la vitesse pour disparaître dans la nuit avec son chargement d’une valeur de cent millions de dollars : pistolets-mitrailleurs, fusils d’assaut, plastic, grenades, munitions, lance-missiles portatifs et missiles à tête chercheuse. Deux membres de l’équipe d’assaut suivaient le Méduse dans les vedettes qui les avaient conduits jusqu’ici. Ce qu’il avait pris à tort pour le bateau libyen était en réalité la silhouette d’une cheminée dessinée sur une toile que les brigands avaient hissée devant l’une de leurs vedettes. Il soupçonnait fort qu’on hisserait une silhouette similaire devant le Méduse pour en modifier le profil et compliquer la tâche des poursuivants qui voudraient l’identifier. On allait probablement peindre un autre nom sur le sien. Dès demain matin, les pirates seraient à bon port sans encombres. Le capitaine frotta sa tête à l’endroit où on l’avait frappé. Il se demanda comment il allait expliquer aux Libyens ce qu’il s’était passé et hurla à son équipage de ramer plus fort. Mais pour aller où ? Qu’est-ce que cela changerait ? Du moment qu’il filait d’ici. Loin des Libyens qui n’étaient pas précisément réputés pour leur compréhension ni pour leur mansuétude.

13

Erika avait repris conscience. Elle essayait de surmonter son trouble et de comprendre tout ce que Saul lui disait : comment Drew, Arlene et lui avaient uni leurs forces et ce qui s’était produit après son enlèvement. D’abord ahurie à l’écoute de ce récit, elle fut bientôt profondément choquée.

— Une équipe de tueurs ? Mon père, Avidan et les autres… des hommes de soixante-dix ans… disparus pour assouvir leur vengeance contre des criminels de guerre nazis ?

— Ça pourrait bien ne pas être tout.

— Pire que ça ?

Drew aida Saul à lui expliquer.

— Dans la voiture, Iceberg a fait allusion à Nuit et Brouillard. Il ne parlait pas de nazis. Il voulait dire que… Nous pensons que votre père et son équipe ne se sont pas contentés de punir les criminels de guerre qu’ils ont retrouvés. Nous sommes persuadés qu’ils ont décidé de terroriser leurs enfants. Pour faire payer leurs pères en nature.

Quand Erika comprit enfin, elle trouva la force de se relever.

— Mais vous ne comprenez pas ? Si leur but était de torturer les pères en terrorisant les enfants, cela signifie que les pères sont encore vivants. Autrement la vengeance ne serait pas totale. Les nazis doivent savoir qu’on est en train de terroriser leurs enfants. Ils doivent souffrir en comprenant qu’on fait souffrir ceux qu’ils aiment. Il reste encore une chance d’empêcher l’équipe de mon père de tuer.

Drew sourit.

— Saul disait que vous étiez très intelligente. Il avait raison.

— Si je suis si maligne que ça, pourquoi ne suis-je pas en train d’encourager mon père ? demanda Erika. Une partie de moi veut qu’il demande des comptes.

— Une partie de moi aussi, dit Saul. Cela explique peut-être pourquoi je suis si furieux à l’idée de les protéger.

— C’est précisément la question, remarqua Drew. Une partie de vous réclame vengeance. Mais une partie seulement. Dans cette histoire, je me sens en dehors – je n’ai pas le droit d’avoir une opinion. Mes parents à moi n’ont pas été tués dans l’Holocauste. Ma race à moi n’a pas été traquée et presque exterminée. Mais quand je pense aux nazis, je suis tellement horrifié que je voudrais… Certains d’entre eux n’étaient même pas assez fous pour croire à ce qu’ils faisaient, soupira-t-il. Ils s’alignaient tout simplement sur la folie qui les entourait. Pour gagner leur vie. Pour nourrir leur famille. S’il y avait eu assez d’hypocrites pour protester avec suffisamment de vigueur…

— Mais le monde n’est pas ainsi fait, observa Erika.

— Nous, si, dit Drew. Et c’est pour ça que nous refusons de calquer nos méthodes sur celles des nazis. Parce que nous refusons de devenir comme eux. N’est-ce pas pour cette raison qu’ont eu lieu les procès de Nuremberg ? Pas la vengeance, la loi. Croyez-moi, je veux que ces criminels de guerre soient punis. Et peu m’importe leur âge. Ils doivent être châtiés. Par la mort, selon moi. Le crime suprême exige le châtiment suprême. Mais pas de la main d’individus mus par la colère, pas sans la sanction de la société.