Le jeu des ombres
Chapitre 4
— Je parlais à mes brebis. Tu vois mes mains ? Ce sont les plus propres de la ville.
4
Les rideaux étaient tirés. Au-delà, le brouhaha de la circulation nocturne s’intensifiait. Le contenu du paquet était étalé sur le lit de l’hôtel, à côté d’une clef de coffre, d’argent italien, de deux mausers et d’une liasse de documents.
Drew fit deux paquets de documents. Un pour lui. Un pour Arlene. Il n’y avait que des photocopies. De coupures de presse de l’agenda du Père Victor, de transcriptions de conversations téléphoniques, de rapports d’informateurs, de dossiers compilés par des enquêteurs laïcs branchés sur l’affaire.
Impressionnée, Arlene leva les yeux.
— Les sources du Père Victor étaient excellentes. Il avait accès à tout ce qu’Interpol et la police locale savaient.
— Et à un tas de choses qu’ils ne savaient pas grâce à ses contacts au sein de l’Église. Regarde. Il avait même des sources dans tous les principaux réseaux de renseignement, KGB compris.
Au bout de trois heures, ils eurent enfin le sentiment d’avoir étudié suffisamment tous les documents. Drew s’écroula sur le canapé.
— On dirait que la confrérie s’est donné beaucoup de mal pour rien en nous entraînant dans tout ça. Je ne vois aucun fil conducteur.
Arlene frotta ses yeux endoloris.
— Le Père Victor a fait tout ce que j’aurais fait. Il a couvert chaque angle – religieux, politique, criminel.
— Et apparemment il n’a abouti nulle part. Pourtant quelqu’un l’a tué. Pourquoi ?
— Si ça se trouve, ça n’a rien à voir avec la disparition du cardinal, suggéra-t-elle.
— Possible. Mais son agenda indique que le rendez-vous dans les jardins du Vatican concernait cette affaire. Et puis il y a autre chose qui me tracasse. La confrérie est l’un des meilleurs réseaux que j’aie jamais vus. Il possède tant de ressources que je me demande vraiment ce que nous pouvons faire de plus.
— Le Père Sébastien l’a expliqué, répondit Arlene. Un membre de la confrérie veut saboter l’ordre. Deux outsiders motivés ont de meilleures chances d’apprendre pourquoi le cardinal Pavelic a disparu.
— Parce que le traître à l’intérieur du réseau ne saura pas ce que nous faisons et ne pourra donc intervenir. Drew se leva et fit les cent pas. Est-ce que cela tient debout ? Pourquoi le Père Sébastien se met-il à l’écart de son ordre et compte-t-il sur ses propres moyens pour faire ce qu’il veut que nous fassions ? Pourquoi moi ? Pourquoi nous ?
— Tu crois qu’on nous tend un piège ?
— En tout cas ça en a tout l’air. L’embuscade dans le désert. La bombe au Caire. Le traître sait manifestement qu’on t’a envoyée me ramener auprès du Père Sébastien. Il se peut que le Père Sébastien nous ait choisis parce qu’en tant qu’outsiders on peut nous sacrifier. Au lieu de risquer sa vie ou celle d’un membre de la confrérie, il nous laisse prendre les risques en espérant que le traître commettra une erreur en nous attaquant.
— Mais n’importe quel outsider n’aurait-il pas fait l’affaire ? demanda Arlene. Il lui aurait suffi d’y mettre le prix et le Père Sébastien aurait pu choisir parmi les meilleurs types agissant sous contrat. Elle hésita, ses yeux verts lançant des éclairs. Si ce n’est qu’aucune somme d’argent n’aurait retenu un indépendant dans une affaire après deux tentatives contre lui. On nous a choisis nous, parce que nous avions une meilleure motivation. Si nous ne coopérons pas, la confrérie nous tuera.
— Dieu que la vie semble douce dans des moments pareils, fit Drew en souriant. Il serra la main d’Arlene. Nous avons la plus forte raison du monde de vouloir rester en vie, ajouta-t-il d’une voix rauque. Notre choix est le suivant : une mort certaine contre une mort un peu moins certaine. Nous en sommes là. Nous savons parfaitement qu’on nous manipule, mais nous sommes obligés de laisser faire.
— Alors il n’y a plus qu’à faire le boulot.
— Et à continuer de vivre.
Il prit la photocopie d’un article de journal.
LA DISPARITION DU CARDINAL
DEMEURE UN MYSTÈRE
Rome, Italie, 28 février (AP) – Cinq jours après la disparition du
cardinal Krunoslav Pavelic, membre influent de la Curie – qui