Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 69 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 4

Halloway trembla en songeant à un autre parallèle. Après que Miller, Culloden, Svenson et maintenant Rosenberg eurent découvert la tête de mort, tous avaient omis de respecter la procédure de sécurité et tous avaient téléphoné directement au lieu de passer par des intermédiaires. Nuit et Brouillard arrivait à son but, grignotant la discipline, provoquant la panique. Combien d’autres membres du groupe allaient l’appeler ? Quand viendrait son tour de découvrir une tête de mort ? Il avait donné pour instruction à ses gardes de doubler la sécurité de la maison sûre de Kitchener où sa famille était isolée. Il avait aussi engagé autant de gardes qu’il était nécessaire pour protéger cette propriété. Mais le moment était peut-être venu d’abandonner la propriété, de renoncer à ce merveilleux site que son père lui avait donné.

Il secoua la tête. Non ! Aussi longtemps que Seth et Iceberg seraient en chasse, il y avait toutes les raisons de croire à une victoire finale. Nuit et Brouillard serait détruit.

Mais en attendant ? Il fallait tenir bon.

Je ne céderai pas ! se dit Halloway. La vermine ne l’emportera pas sur moi.

Mais une question continuait de le hanter. Quand viendra mon tour de trouver une tête de mort ?

Il lutta contre son appréhension et décida qu’il ne posait pas la bonne question. La bonne question était : Quand Seth et Iceberg apporteront-ils la victoire pour nous tous ?

4

Rio de Janeiro. Depuis son duplex aux murs de verre, l’homme d’affaires avait une vue imprenable sur la multitude des baigneurs de la courbe sensuelle de Copacabana. S’il l’avait voulu, il aurait pu aller jusqu’au mur de verre opposé pour contempler au loin l’impressionnante statue du Christ Rédempteur au sommet du Corcovado, mais il le faisait rarement. Situé entre l’esprit et la chair, il se trouvait presque toujours attiré vers le télescope de la baie côté plage qui offrait le spectacle des femmes les plus excitantes du monde. Sa fortune garantissait une tentation à laquelle peu d’entre elles pouvaient résister.

Mais pour l’instant, il n’éprouvait que de la colère. Il appuya un téléphone sans fil contre son oreille.

— Rosenberg, vous croyez vraiment que je n’ai rien de mieux à faire que de conclure des marchés pour ensuite téléphoner à mes clients que désolé mais ça ne marche plus ? Peu importe qu’il s’agisse de cent millions de dollars et que ma commission soit de quinze pour cent. Peu importe que j’aie accepté vingt pour cent d’acompte de leur part et que cet argent produise déjà des intérêts dans une banque zurichoise. Oublions tout cela une seconde. Je vous le dis d’ami à ami, les affaires sont les affaires. Pour commencer, mes clients peuvent se montrer fort désagréables quand un contrat est annulé. De plus, ces contrats ne peuvent pas être annulés pour la bonne raison que la cargaison est en route et que je prends toujours soin d’être en dehors de ça. Je ne sais même pas sur quel bateau elle se trouve. Je fais appel à tant d’intermédiaires que je serais bien incapable de tout arrêter. Vous auriez dû y penser plus tôt.

Rosenberg commença à bafouiller.

L’homme d’affaires lui coupa la parole.

— Si vous avez le trouillomètre à zéro, il ne fallait pas faire le plongeon. Ou serait-ce encore pire ? Seriez-vous au courant d’une raison de sécurité que j’ignore pour ne pas livrer la marchandise ? Si c’est le cas, mon cher, et si vous ne nous avez pas avertis, vous allez bientôt savoir à quel point mes clients peuvent se montrer désagréables. Alors, qu’est-ce qui vous chagrine brusquement ? Quel est le problème ?

— Rien… murmura Rosenberg.

— Quoi ? Je vous entends à peine.

— Tout va bien. Pas de problème.

— Alors bon Dieu pourquoi m’avez-vous appelé ?

— La nervosité… Je…

— La nervosité ? s’écria l’homme en fronçant les sourcils. Mon cher, je commence à trouver cette conversation fort ennuyeuse.

— Il y a tant d’argent en jeu…

— Et comment ! Dont quinze pour cent pour moi.