Le jeu des ombres
Chapitre 4
La couleur de ses cheveux. Ils étaient roux.
Mon Dieu ! La voix du téléphone serait-elle celle de Seth ? Le tueur, le fils d’un tueur nazi, celui que Drew et Arlene avaient décrit ? Si c’était le cas, son partenaire, le blond Iceberg, serait-il dans le Colisée avec lui ?
Saul n’osait pas se retourner pour chercher dans la foule. Ce geste pourrait troubler Seth et le pousser à faire sauter la bombe et Erika. Et d’ailleurs, Seth n’avait aucune importance pour l’instant. Ni Iceberg. Seule Erika comptait. Approchant du côté sud, il pressa le pas, les yeux fixés sur Erika. Elle était toujours assise, la tête sur la poitrine. Il ne l’avait pas vue bouger. Seth avait-il renié sa parole ? Erika était-elle morte ?
Il zigzagua entre les amas de touristes, se moquant de leurs protestations agacées, trop angoissé pour esquisser la moindre excuse. Il n’était plus qu’à vingt mètres d’Erika et elle ne bougeait toujours pas. Quinze mètres. Aucun signe de vie. Il arriva jusqu’à elle. Quand il releva son visage et vit ses paupières papillonner, il tomba à ses genoux et faillit pleurer de soulagement.
— Erika, c’est moi. C’est Saul.
Il l’entoura de ses bras.
Et se figea en sentant la boîte métallique sous sa veste de pluie. Déplaçant ses mains le long de sa taille, il toucha la ceinture de métal qui maintenait la boîte sur elle. Seth n’avait pas bluffé.
Saul pivota sur lui-même. Seth était arrivé jusqu’au prêtre, l’avait mis debout et le guidait le long d’un passage en direction de la sortie. Le prêtre se déplaçait en titubant. Quelques touristes le dévisageaient, mais la plupart s’occupaient de leurs appareils-photos et des ruines que rosissait le soleil couchant. À la sortie, Seth se tourna vers Saul, leva le bras droit, un peu à la façon d’un salut romain, dans un geste ironique. Puis Seth et le Père Dusseault disparurent.
Attendez cinq minutes avant de partir, avait précisé Seth.
Ce serait donc cinq minutes.
Il se tourna de nouveau vers Erika et la serra contre lui.
— C’est Saul, répéta-t-il. Tu es saine et sauve, fit-il en l’embrassant. Je t’aime. Il ne faut plus s’inquiéter.
4
Parmi les ombres allongées du couchant, Drew et Arlene regardaient à l’est du palais de Néron depuis la colline de l’Oppus. La circulation sur la via Labicana les empêchait de voir parfaitement le Colisée, mais c’était mieux que rien.
Comme ils ne pouvaient utiliser que les courbes nord et est du Colisée, ils ne pourraient pas apercevoir le Père Dusseault et son ravisseur, comprit Drew. Malgré tout, la via Labicana était la fuite la plus probable et c’est pour cette raison qu’il se concentrait davantage sur l’avenue qui partait du Colisée que sur le monument lui-même.
Il vérifia sa montre. 6 h 25. L’échange était prévu pour 6 heures. À moins que quelque chose ne soit allé de travers, personne au rendez-vous, par exemple, ils avaient probablement raté le Père Dusseault qu’on emmenait.
Drew continuait quand même à inspecter l’autre côté de la rue. S’il n’avait toujours pas repéré le prêtre à 7 heures, Arlene et lui se dirigeraient vers la cabine téléphonique prévue où Saul appellerait.
Il sentit Arlene le saisir par le bras. De l’autre côté de la rue, un prêtre – le Père Dusseault. On le guidait au milieu de la foule de touristes qui quittaient le Colisée. Une Citroën grise se gara brusquement au bord du trottoir. On poussa le prêtre à l’intérieur sur le siège arrière, son ravisseur monta après lui. La Citroën fila.
Ça n’avait pas pris plus de dix secondes, mais malgré la circulation et les touristes, Drew en avait vu assez. Il n’y avait pas le moindre doute concernant le roux guidant le prêtre et le blond au volant. Seth et Iceberg. Il se libéra de l’emprise d’Arlene et fonça dans la rue. Arlene courut derrière lui. Il y avait toujours le risque que Seth et Iceberg aient placé une équipe de surveillance pour prévenir toute tentative de suivre la Citroën. Auquel cas, s’ils remarquaient Drew et Arlene, l’équipe n’avait qu’à contacter la Citroën par radio et Seth et Iceberg mettraient à exécution leur menace de faire sauter Erika. Mais Drew était convaincu qu’il n’y avait aucune équipe. Après tout, Seth et Iceberg s’étaient débrouillés seuls pour enlever Médicis ; et ils avaient agi avec une telle efficacité que Drew les soupçonnait fort de n’avoir confiance qu’en eux-mêmes.
La Citroën était trop loin pour qu’il la voie. Autrement dit, Seth et Iceberg ne pouvaient non plus voir Drew se frayer un chemin dans la circulation. Il fit des gestes désespérés à un taxi en maraude. Arlene traversa la rue en courant vers lui et atteignit le trottoir au moment où le taxi s’arrêtait sur l’appel de Drew. Ils s’engouffrèrent à l’intérieur.