Le jeu des ombres
Chapitre 3
— Vont s’occuper de ! Ils vont le faire ? Mais c’est encore au futur, hein ? C’est bien ça qui me tracasse. Pendant que ces deux-là chassent des ombres, j’ai un problème à régler ici ! J’annule immédiatement notre arrangement !
— Qu’est-ce que… ?
— C’est ça ou vous me laissez stopper l’expédition ! Deux ennemis, c’est trop pour moi, Halloway ! Si nos clients s’aperçoivent que nous avons continué sans les avertir que Nuit et Brouillard risquait d’être au courant de la cargaison, ils vont se lancer à nos trousses ! À côté, Nuit et Brouillard aura l’air de rigolos !
— Mais puisque je vous dis…
— Non, c’est moi qui vous dis ! Dès que j’aurai raccroché, j’appelle Rio. Je vais faire ce que j’aurais dû faire dès le début ! Je vais lui dire non ! Après ça, il n’y aura plus qu’à espérer que vos deux maniaques trouveront le moyen d’arrêter Nuit et Brouillard !
Halloway avait la bouche comme du parchemin. Il n’y avait pas de doute : Rosenberg pensait ce qu’il disait. L’équilibre était rompu. Les choses étaient maintenant hors contrôle.
Il s’humecta les lèvres.
— Soit, murmura-t-il. Si vous pensez que c’est mieux.
3
Halloway reposa le téléphone. La vérité était – et jamais il n’aurait osé la dire à Rosenberg – qu’il avait reçu trois autres coups de fil de membres de leur groupe, faisant tous état de têtes de mort. Miller, de St Paul dans le Minnesota, en avait trouvé une peinte dans le fond de sa piscine asséchée. Culloden, de Bristol en Angleterre, en avait trouvé une peinte sur une table de billard dans sa salle de jeux. Svenson, de Göteborg, en Suède, en avait trouvé une peinte sur le sol de sa cuisine.
Les implications de tout cela étaient troublantes. Dans chaque cas, le symbole avait été laissé dans la maison de la victime, comme pour dire : « Nous vous approchons n’importe où, même là où vous vous sentez le plus en sécurité. Mais si nous l’avions voulu, nous aurions pu peindre les têtes de mort là où d’autres auraient pu les voir, à votre lieu de travail, par exemple, ou à un endroit où vos voisins l’auraient remarquée à coup sûr. Nous voulons que vous compreniez ceci – nous pouvons vous mettre à nu quand nous voulons, humilier votre femme et vos enfants, gêner le déroulement de vos affaires. Et après cela ? Espérez-vous que nous serons satisfaits ? Ou viendrons-nous vous chercher comme nous l’avons fait avec votre père ? Devrez-vous payer l’ultime tribut ? Comme ceux que nous aimons ont dû payer. Comme nous-mêmes avons dû payer ».