Le jeu des ombres
Chapitre 5
— « Dieu soit loué. » Amen.
Drew avait soupiré mentalement. On lui avait donné tout le code.
— Il y a une fontaine en forme de galion espagnol dans les jardins du Vatican.
Ça aussi c’était un test. Plusieurs jours auparavant, quand Drew et Arlene s’étaient déguisés en prêtre et en religieuse pour rencontrer le Père Sébastien dans le jardin du Vatican, cette fontaine avait été leur lieu de rendez-vous. C’était là qu’on avait tiré sur le Père Victor, le membre de la confrérie qui avait envoyé Arlene chercher Drew en Égypte.
Tout citoyen du Vatican établirait immédiatement le rapport entre ce lieu de rencontre et le meurtre qui s’y était récemment produit. Mais un bureaucrate innocent du Vatican aurait immédiatement fait remarquer avec indignation que c’était un choix particulièrement morbide. Après un court silence, le Père Dusseault, lui, avait simplement répondu :
— J’y serai à 1 heure du matin.
5
À cet instant, avec un quart d’heure de retard, le Père Dusseault émergeait de l’ombre. Il ne semblait pas surpris de voir Drew habillé en prêtre. Ça se comprenait, pensait Drew. Après tout, une voix qui donnait le code de reconnaissance de la confrérie devait en toute logique appartenir à un prêtre, particulièrement au Vatican. N’était-ce pas le meilleur endroit pour qu’un caméléon catholique se montre sans danger sous sa véritable couleur ?
Ce qui n’empêcha pas Drew de remarquer que le Père Dusseault ne se dévoilait pas totalement – il avait ôté son col blanc pour mieux se fondre dans la nuit. Ce qui confortait Drew dans son idée que la formation de ce prêtre n’avait pas été exclusivement religieuse.
Mais le Père Dusseault n’avait apparemment pas remarqué Arlene qui, à l’instar de Drew, avait repris son déguisement. Elle était arrivée dans les jardins bien avant 1 heure du matin, avait ôté l’ornement blanc de son habit de religieuse et s’était étendue bien à plat sur le sol. Sa robe noire ne se distinguait pas des buissons, ceux-là mêmes que Drew regardait quand le Père Dusseault était arrivé.
À la faveur de la lune, Drew observa la bague au majeur gauche du Père Dusseault : un rubis avec une croix et une épée superposées. Le Père Dusseault l’avait manifestement passée pour assurer qu’il était bien membre de la confrérie. Et il était évident que l’absence d’anneau au doigt de Drew était mauvais signe pour le Père Dusseault.
Effectivement, il désigna la main nue de Drew.
— Je croyais que vous étiez l’un des nôtres.
Drew reconnut la voix au téléphone.
— Non.
— Comment connaissez-vous notre code de reconnaissance ?
— Un membre de la confrérie me l’a donné… à un moment où il voulait me recruter.
— S’il a voulu vous recruter, vous devez posséder des qualités exceptionnelles.
Drew ne répondit pas.
— Pourquoi avez-vous refusé de vous joindre à nous ?
— Je hais tout ce que la confrérie représente.
— Vous haïssez ? fit le Père Dusseault dans un sourire. C’est un sentiment destructeur. Vous devriez vous en accuser lors de votre prochaine confession et demander l’absolution. Mais à vrai dire, c’est bien pour parler de confession que nous sommes là. Que le Seigneur vous pardonne, fit-il en levant la main droite vers Drew pour le bénir. Maintenant, dites-moi donc pourquoi vous vous intéressez tant à la disparition du cardinal.
Drew secoua la tête.
— Pour qui travaillez-vous ?
Drew secoua à nouveau la tête.
— Je préférerais parler des tueurs auxquels j’ai fait allusion ; vous savez, ces deux hommes qui cherchent le cardinal.
— Ah oui, ceux dont vous affirmez qu’ils sont les fils de deux tueurs au service d’Hitler. Je vous en prie, si c’est votre souhait. En tout cas pour l’instant. Comment en avez-vous entendu parler ?
— Disons que nos chemins se sont croisés. Leurs noms de code sont Seth et Iceberg.
Le Père resta de marbre, mais ses yeux le trahirent.
— Vous en avez entendu parler aussi ?
— Non, mentit le prêtre. Je n’aurais pu oublier des noms pareils.