Le jeu des ombres
Chapitre 8
Tremblant de froid, Saul rassembla ses forces, luttant contre une préoccupation plus grave encore. Erika et Christopher. Témoin de l’attaque contre lui, comprenant qu’elle ne pouvait rien pour lui, sa femme serait partie protéger leur fils. Il comptait là-dessus, et cette pensée seule le consolait. La première chose que ferait Erika serait obligatoirement de contacter Misha Pletz pour l’avertir de mettre Christopher à l’abri. Saul poursuivait son chemin, plus déterminé que jamais. Dans l’instant, un seul but l’obsédait : l’endroit de dernier recours décidé avec Erika. Il devait y arriver.
8
Christopher avait encore mal aux yeux tant son réveil avait été brutal. Sur son pyjama bleu, il portait un chandail que l’homme aux épaules voûtées qui s’appelait Misha lui avait mis. Son nez le piquait à cause des épais nuages de fumée de tabac, mais l’odeur de chocolat chaud lui mettait l’eau à la bouche dans cet endroit où il y avait beaucoup de tables avec des hommes aux joues rouges qui riaient. Il se rappelait que Misha l’avait porté pour descendre l’escalier à toute vitesse. Et puis le taxi qui avait roulé très vite. Puis comme ils avaient foncé dans le café, comme disait Misha. Et sa maman qui était apparue soudain, les yeux tout rouges de larmes tandis qu’elle le serrait contre elle. Tout cela était bizarre.
Il était assis sur une banquette contre le mur, sa maman d’un côté, Misha de l’autre. Il ne comprenait rien à ce qu’ils disaient.
— S’il n’est pas là dans un quart d’heure, disait sa mère, nous ne pouvons prendre le risque d’attendre plus longtemps.
Un homme costaud qui portait un tablier blanc se pencha sur sa mère.
— Venez dans la cuisine. Nous venons de recevoir une sorte de café tout à fait rare.
Tout devint encore plus bizarre. Sa mère le portait. Ils franchirent des portes battantes. Misha était devant. Les comptoirs de métal étaient tout brillants. Les brocs étaient tout chauds. Son père, tout trempé, sortait d’une pièce. Misha riait. Sa mère sanglotait et serrait son père très fort.
— Dieu soit loué.