Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 21 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 5

Drew frémit.

5

— Tu leur as échappé pour sauver la vie de mon frère, dit-elle. Parce qu’il avait sauvé la tienne. Tu croyais leur avoir échappé. Tu t’es trompé.

Elle fouilla dans son sac à dos et en sortit un paquet de cacahuètes. Elle mâcha lentement pour en goûter le sel.

Il en prit une.

— Promets-moi de ne pas avaler tout de suite.

Il hocha la tête.

— Si tu n’avais pas si faim, je t’embrasserais, fit Arlene.

— Tu n’obtiendras rien par la menace. La confrérie ? ajouta-t-il.

— Ils t’ont suivi dès l’instant où tu as quitté mon immeuble à New York, répondit-elle. Tu croyais les avoir semés parce qu’ils n’ont pas esquissé le moindre geste contre toi. Après l’Angleterre, l’Italie et le Maroc, tu croyais que l’Égypte serait sans danger pour toi. Mais ils t’ont suivi jusque-là. Ils n’ont jamais perdu ta trace.

— Tu sais cela…

— Parce qu’il y a quinze jours l’un d’eux est venu me trouver.

— Alors j’ai fait tout cela pour rien ? gronda Drew.

— Non, ça t’a sauvé la vie. Si j’ai bien compris ce que m’a expliqué le prêtre, dit-elle, la confrérie a pensé que ton exil était pire que toutes les sanctions auxquelles ils auraient pu songer. Si j’en crois ce que je vois, ils avaient raison.

Son allure pitoyable la catastrophait – il avait la poitrine creuse, le visage hagard, et puis cette barbe et ces cheveux jusqu’à la taille.

— Il faut qu’on te redonne des forces. Tu crois que ton estomac supportera une autre cacahuète ?

— Ça vaudrait mieux. J’ai besoin de sel.

Il en grignota une et elle prit un peu de viande séchée.

— Le prêtre m’a dit que la confrérie avait décidé que tu avais suffisamment payé pour la mort de leur agent.

Drew la fixa du regard.

— Tu devais revenir à moi pendant le Carême – voilà ce que tu m’avais promis, fit-elle en posant un tendre baiser sur son front. Chaque jour avant Pâques, j’attendais, pleine d’espoir. Quand tu n’es pas apparu, la première année, j’ai eu peur que tu ne reviennes jamais.