Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 72 sur 148

Pages du PDF

Le jeu des ombres

Chapitre 8

Il y en avait tant. Il faillit crier.

8

— C’est la vérité ! Il faut me croire ! Je ne sais pas ! insistait Médicis. Je vous en prie !

Seth le frappa à nouveau sur la bouche. Cette claque était moins douloureuse qu’un coup de poing, mais paradoxalement, elle augmentait la terreur, comme si la clef pour briser Médicis était de s’en prendre à sa dignité.

.

 

— Le prêtre ! fit Seth. Le cardinal Pavelic ! Je commence à perdre patience ! Qui a enlevé le prêtre ?

— Si je le savais, je vous le dirais !

Cette fois, Seth le frappa du dos de la main, envoyant la tête de Médicis promener sur le côté, de grandes marques rouges striant sa joue. Les joues de Seth étaient en feu et ses yeux, d’ordinaire inexpressifs, brillaient d’un éclat qui ressemblait fort à du plaisir.

Iceberg se tenait dans un coin de la cuisine de la ferme isolée qu’ils avaient louée, observant le spectacle avec intérêt.

Cela pour deux raisons : la technique d’interrogatoire de Seth et la façon dont Médicis réagissait. Seth avait attaché Médicis à une chaise, lié les mains du prisonnier derrière le dos de la chaise et passé un nœud coulant autour de son cou, nœud dont l’extrémité était reliée à la corde serrant ses poignets. Chaque fois que la tête de Médicis valsait sous une claque, le nœud coulant s’enfonçait dans sa gorge et la pression qui en résultait faisait remonter ses poignets vers ses omoplates.

Ingénieux, conclut Iceberg. Application d’un minimum de force pour un résultat maximum. Le prisonnier comprend que presque toute la douleur qu’il subit, il se l’inflige lui-même. Il lutte pour résister à l’impact du coup, mais de la façon dont il est attaché, il ne peut pas résister. C’est son orgueil, sa dignité qui trinquent. Tu ne vas pas tarder à craquer, mon petit Médicis, se dit-il. Les larmes qui roulaient sur les joues de Médicis lui donnèrent bientôt raison.

— Encore une fois, fit Seth. Qui a enlevé le cardinal ?

Médicis regarda de côté, calculant sa réponse. La douleur lui avait éclairci les idées. Il comprenait dans quelle situation il se trouvait. Aucun de ses hommes ne savait où il était. Personne n’allait venir à sa rescousse. Ce n’était pas tant de souffrir qui l’obsédait, c’était comment survivre.

— Écoutez-moi d’abord. Pourquoi ne pas m’écouter avant de me frapper ?

Seth haussa les épaules.

— Encore faudrait-il que j’aie quelque chose à entendre.

Médicis tenta de déglutir mais le nœud coulant lui serrait la gorge.

— Je ne suis qu’un intermédiaire. Les clients viennent me trouver. Ils veulent des armes, des renseignements, des équipes de surveillance, des maisons sûres. Ils ne me disent jamais pourquoi ils ont besoin de tout ça. Et je ne pose jamais de questions.

Seth se tourna vers Iceberg et fît semblant de bâiller.

— Je lui demande de me parler du cardinal, il me raconte sa vie.

— Vous ne me laissez pas m’expliquer ! s’écria Médicis.

— Je le ferai quand vous aurez quelque chose à dire !

Médicis se hâta de poursuivre.

— Mes clients ne me communiquent pas leurs plans mais j’ai toujours une oreille qui traîne.

— Maintenant c’est au tour des images vaseuses, dit Seth à Iceberg.

— Il faut que je sois au courant des tenants et des aboutissants de la profession, n’est-ce pas ? Si je veux dominer la situation.

— Ça pour dominer, il domine ! fit Seth à Iceberg.

— Mais je n’ai pas entendu la moindre rumeur, pas le moindre murmure, ayant trait à l’enlèvement du cardinal par des terroristes. Croyez-moi, je l’aurais su.

Médicis se trémoussa, ce qui resserra le nœud coulant autour de son cou. Il gémit.

— Je ne sais pas qui a enlevé le cardinal, mais ça n’étaient pas des radicaux, ni des…

— Terroristes, fit Seth. Vos clients n’ont aucune classe. Ils sont maladroits et manquent de discernement. Des bombes dans des bus, ajouta Seth plein de dégoût. Des enfants déchiquetés.

Un bref instant, Iceberg se demanda s’il n’était pas en train de découvrir chez Seth un trait de caractère qu’il aurait ignoré. Mais il s’aperçut bientôt que les objections de Seth étaient purement esthétiques, et non morales. Si Seth était suffisamment payé, et si le plan exigeait de tuer des enfants pour détourner l’attention du but principal que constituait l’exécution d’un diplomate, cet homme le ferait.

Moi, pensait Iceberg avec conviction, je n’accepterais jamais de tuer des enfants. Sous aucun prétexte. Jamais.

Médicis poursuivit.

— Des terroristes pourraient effectivement attaquer l’Église en tant qu’institution qu’ils estiment corrompue, enlever un cardinal dont ils désapprouvent la politique. Après tout, ils s’en sont bien pris au pape il y a quelques années. Mais je vous répète que je n’ai pas entendu le moindre mot concernant le cardinal. Je crois que vous êtes sur une fausse piste.

— Dans ce cas, dit Seth en ouvrant les mains dans un geste magnanime, de professionnel à professionnel, que nous suggérez-vous ? demanda-t-il d’un ton moqueur malgré les mots suggérant le respect.

Médicis eut un regard fuyant.

— Avez-vous pensé à l’Église elle-même ? Quelqu’un au sein même de l’Église ?

Seth se tourna vers Iceberg.

— C’est une possibilité, fit Iceberg en haussant les épaules.

— Je ne suis pas convaincu, dit Seth.

— Que le cardinal puisse être une victime de l’Église ?

— Que ce charognard nous dise la vérité.

— Mais je vous jure ! s’exclama Médicis.

— Nous le saurons bientôt, fit Seth à l’adresse d’iceberg. À vous de jouer, maintenant.

— Merci de me faire enfin confiance.

— C’est simplement qu’il faut utiliser toutes les méthodes. La force en soi peut conduire à des mensonges convaincants. Les substances chimiques peuvent arracher des réponses programmées. Les deux compensent les défauts de chaque méthode.