Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 60 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 3

— Prudent ? Ton romantisme me va droit au cœur.

Elle sourit.

— Je ne voudrais pas te faire de peine, mais…

— Oui ?

— Pour l’instant, ton corps n’est pas en tête de ma liste de priorités.

— Voilà qui est fort louable, ma sœur. Gardez-vous de toute pensée charnelle, fit Drew en regardant les boutiques qui longeaient la via della Conciliazione. Cela dit, une nouvelle garde-robe ne serait pas un mal.

— Et où est-ce qu’on va se changer ? On va se faire remarquer si on fait ça dans les magasins.

— On va bien trouver. Ce ne doit pas être bien difficile.

3

Pas bien difficile, répétait Drew. Ça faisait un quart d’heure qu’il se lavait les mains dans les toilettes pour hommes de la gare en attendant qu’il n’y ait personne. Pas bien difficile. On aurait dit que tous les usagers des toilettes devaient obligatoirement passer le temps avec le padre qui utilisait lui aussi cet endroit intime.

— Oui, mon fils. Parfaitement, mon fils, répondait Drew en italien en continuant de se laver les mains.

Enfin les toilettes furent désertes. Fonçant dans un des cabinets, il quitta prestement son costume noir et son col blanc et enfila un pantalon gris, une chemise bleue et un blazer bleu marine. Il fourra les vêtements cléricaux dans le sac qui contenait ses achats et sortit, portant les deux paquets, au moment précis où un garde de la sécurité entrait. Drew réprima un « Bonjour, mon fils » et se retrouva dans la gare.

Le bruit était effrayant, résonnant dans cette structure qui s’apparentait à une cathédrale. Par habitude, il examina chaque silhouette, à la recherche de quelque chose qui ne correspondrait pas au schéma type du voyageur pressé. Satisfait, il se dirigea vers un pilier, derrière lequel Arlene – en pantalon beige, veste assortie et chemisier émeraude qui faisait ressortir le vert de ses yeux –l’attendait.

— Tu en as mis un temps ! fit-elle. Je commençais à me demander si je ne devais pas venir te chercher.