Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 66 sur 148

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Le jeu des ombres

Livre Quatre la Voie de la Collision

LIVRE QUATRE

 

LA VOIE DE LA COLLISION

 

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Mexico. Utilisant le téléphone placé à l’arrière de la Mercedes, Aaron Rosenberg appela ses gardes du corps pour leur demander de redoubler leur surveillance autour de chez lui. Rien ne s’était produit qui pût le persuader d’une attaque imminente, mais maintenant qu’Halloway et lui avaient décidé d’honorer leur contrat, il était de plus en plus mal à l’aise. Depuis l’enlèvement de son père, il était plein d’appréhension. Et l’aventure de sa femme avec son garde du corps avait miné davantage encore sa tranquillité d’esprit. Halloway avait bien affirmé que Seth et Iceberg trouveraient la source de Nuit et Brouillard, mais ils n’avaient encore reçu aucun rapport disant qu’ils avaient réussi. Pourtant, c’est cette assurance de succès qui avait poussé Rosenberg à accepter le danger de mener au bout la livraison de la marchandise du Diable. Si Nuit et Brouillard avait vent de l’expédition, ou si le Diable apprenait que Nuit et Brouillard pouvait dévoiler la nature du chargement et qui l’avait commandé, nous aurions deux ennemis à affronter, se disait Rosenberg. Et tous deux attaqueraient, pour des raisons différentes.

La Mercedes était coincée dans un bouchon. Au bout de la file, de la fumée s’échappait du capot d’un camion ouvert rempli de caisses de poulets.

Des badauds gesticulaient tout autour. Mais qu’est-ce que je fabrique dans ce foutu pays ? songeait Rosenberg. Un court instant, il pensa avec nostalgie aux montagnes, aux cascades, aux forêts. Il tourna brusquement la tête vers le garde du corps à sa droite puis vers celui qui était assis à côté du chauffeur. Pure folie, pensait-il. Sans même s’en rendre compte, il ouvrit le petit bar aménagé dans le siège devant lui, prit une bouteille de tequila, remplit un gobelet et en avala le contenu d’un trait. Au même moment, la Mercedes avançait de nouveau car on avait poussé le camion immobilisé sur le côté de la rue.

Mais l’air conditionné de la Mercedes avait été mis à rude épreuve. De l’air recyclé tiède lui arrivait. Cela ajouté à la tequila, il avait la nausée. Il porta la main à sa bouche comme pour réprimer une quinte de toux et garder ainsi sa dignité. Il avait hâte de regagner le sanctuaire de sa maison.

Peut-être Maria serait-elle d’humeur à « prendre le manche », se prit-il à rêver. N’importe quoi pour le distraire de ses ennuis. Elle lui devait bien ça, conclut-il. Ne la couvrait-il pas de tous les fruits de son labeur ? Ne s’était-il pas abstenu de lui reprocher son infidélité ?

Son chauffeur réussit à tourner dans le vaste Paseo de la Reforma, gagnant de la vitesse dans l’avenue pour atteindre la demeure espagnole serrée entre des immeubles. Les gardes du corps de Rosenberg sortirent de la Mercedes, guettant le moindre danger.

Rien, apparemment. L’un d’eux fit un signe de tête à Rosenberg. L’équipe de sécurité de la maison sortit par la porte d’entrée. Rosenberg quitta sa voiture en hâte, grimpa la volée de marches, se retrouva dans le vestibule où il s’appuya contre un mur. Il devait reconnaître que son entrée manquait de dignité, mais la mort aussi manque de dignité, quelque tournure qu’elle prenne. Ses gardes se moquaient peut-être entre eux de sa peur, mais il les payait bien, et ils pouvaient rire tout leur soûl dès l’instant qu’ils faisaient leur boulot correctement.

Il s’éloigna du mur en remarquant que la bonne le dévisageait d’un drôle d’air depuis l’escalier incurvé.

— Tout va bien, fit-il en espagnol. Un petit malaise dû à la chaleur, rien de plus. Madame est-elle en haut ?

— Non, señor Rosenberg, répondit la domestique. Madame est sortie pour l’après-midi.

— Sortie ? grogna Rosenberg. Où donc ?

— Madame n’a rien dit, señor Rosenberg.

— Avec Esteban ?

— Mais bien sûr, avec le garde du corps de Madame.

Son garde du corps ? se dit Rosenberg. Son violeur de corps plutôt.

Il monta les escaliers quatre à quatre. Bordel, ils baisent toute la journée et moi je prends tous les risques !

Il s’arrêta brusquement en haut, percevant des voix depuis la chambre d’Esteban au bout du couloir. Elles étaient trop faibles pour que Rosenberg pût les identifier, mais il y avait un homme et une femme, et Rosenberg avait l’horrible pressentiment que la bonne s’était trompée ou qu’elle avait eu ordre de mentir. Il était impuissant à résoudre ses autres problèmes, mais nom de Dieu, il allait résoudre celui-ci immédiatement.