Le jeu des ombres
Chapitre 21
Erika s’accroupit derrière un lampadaire et observa l’arrière de la demeure. Les deux hommes qui avaient tiré la sentinelle dans la cabane n’étaient plus visibles. Ils étaient sans doute entrés par la porte de derrière.
Elle porta son regard vers Saul qui rampait derrière elle, leva la main en signe d’avertissement et désigna l’arrière de la maison. Elle ne distinguait pas Drew et Arlene mais supposa qu’ils tentaient d’encercler la propriété et espéra qu’ils s’apercevraient qu’il y avait d’autres étrangers.
Derrière, les deux hommes avaient été rejoints par deux autres. Ils foncèrent dans le bâtiment. Erika s’obligea à attendre une occasion.
Elle se félicita bientôt de sa patience. Les quatre hommes ressortirent, Uzi pointés dehors comme s’ils voulaient s’assurer que la zone était sous contrôle. Puis ils se séparèrent, deux de chaque côté de la maison en direction du devant.
Maintenant ! Elle se rua vers l’arrière de la maison, s’appuya contre le mur et regarda à travers une screen door. Elle ne vit qu’ombres et silence. Dès l’instant où Saul l’eut rejointe, elle l’ouvrit et entra.
Elle vit des escaliers sur sa droite qui descendaient à un sous-sol. Devant elle, trois marches menaient à un petit couloir. Tandis que Saul inspectait le sous-sol, elle longea le corridor. Ça sentait le rôti et le pain chaud. Le couloir ouvrait sur une grande cuisine claire où deux hommes portant des uniformes de domestiques gisaient à terre, une fléchette de tranquillisant fichée dans le cou.
Un frisson glacé la parcourut. Quand Saul revint, elle franchit une porte battante qui menait à un autre couloir, plus long et plus large, orné de paysages sur les murs. Ces toiles étaient magnifiques, pleines d’une lumière mystique ; elles ne remplirent pas moins Erika d’horreur à cause du monstre, le père d’Halloway, commandant en second de Maidanek, qui les avait probablement peintes.
Sur sa droite, elle vit une salle à manger, sur sa gauche un grand bureau jonché de cendriers pleins et de verres à liqueur vides qui montraient que de nombreuses personnes s’étaient récemment réunies ici. Mais son attention fut attirée par le bout du couloir. La porte d’entrée était restée ouverte. Il en arrivait des voix d’hommes – certaines en colère, d’autres suppliantes, quelques-unes étrangement calmes. Une de ces voix était celle de son père. Le sang lui battait les tempes. Elle longea doucement le couloir et se cacha contre le mur près de la porte béante. À travers un rai de lumière, elle vit des hommes âgés menacer de leurs armes des hommes plus jeunes.