Le jeu des ombres
Chapitre 2
— Une vraie chaîne de montage, dit Bernstein sèchement. Le confort comme chez soi.
— Si on compare avec Auschwitz, c’est la Terre promise, remarqua Gehmer. Je les rase un jour sur deux. Je leur prépare tous leurs repas. Ils sont de corvée de plonge à tour de rôle, enchaînés à l’évier. Ils n’ont droit qu’aux cuillers de plastique. Je compte les cuillers après chaque repas. S’ils doivent aller aux toilettes, c’est un par un, enchaînés à l’évier. C’est là qu’ils ont le droit de se laver.
— Parfaite organisation.
— Ils m’ont inspiré. Ces monstres avaient un don particulier pour l’organisation, finalement. Parfois, mes souvenirs sont d’une telle précision que je me crois de retour au camp. Je voudrais…
Gehmer leva son pistolet, visant le prisonnier le plus proche.
Bernstein toucha la main de Gehmer.
— Un peu de patience, ami. Nous avons tous deux eu des cauchemars. Mais ça ne va plus durer longtemps. Bientôt la justice reprendra ses droits.
— Bientôt ? demanda Gehmer d’une voix précipitée. Quand ?
— Demain.
2
— Joseph a refait surface.
Misha Pletz était tellement concentré sur la contre-vérification de l’opération Récupération qu’il lui fallut un moment avant de comprendre ce que venait de lui dire son assistant.
— Refait surface ?
— Il y a deux heures.
— Où ? Toujours à Washington ?
— Non. À Toronto, cette fois.
— Toronto ?
— A contacté un autre de nos agents, raconta l’assistant. Même schéma. Il a choisi un de ses anciens étudiants. Il était 4 h 30 du matin heure locale. Joseph s’est pointé dans l’appartement du gars, l'a réveillé et lui a donné un message à vous transmettre. L’agent l'a codé et passé par radio à Tel-Aviv.
Misha prit le papier des mains de son assistant, mais après l’avoir lu, il fut perplexe.